Je rentre chez moi et je veux garer la voiture comme à l’accoutumée. Près de la porte de ma maison. Un homme dans un piteux état est affalé tout le long sur le trottoir qui me sert de garage. Je m’insurge et c’est normal ! C’est la place de ma voiture et non la place des indigents ! « Le con ! Que fait-il là ? » Par pure anarchie ou révolution, je stoppe la voiture à 5 centimètres de sa tête. Je veux signifier que cet espace est mien et non pas mort ou pas mort le lien !
Il ne bouge pas malgré les phares en pleine figure. C’est un effronté ! Je m’apprête à lui exprimer mes pensées façon pente et cadastre. L’énergumène n’a même pas une pensée pour mes problèmes. Je le frotte avec le bout du pied, lui assène un léger coup de genou dans les côtes, appuie délicatement mon postérieur sur son ventre, claque sa figure avec le plat de ma main, tire ses cheveux dans le sens du goudron, enfonce l’auriculaire au tréfonds de sa rétine… Rien n’y fait ! Ce con est mort ! Merde ! Moi qui voulait dormir tôt ! Je suis barré pour au moins trois heures ! Merde ! Je sens que cela va tenir l’atmosphère dans le sens de l’incompréhensible et que si je bigote les queufs, je vais devoir être saignant ! Il est mort donc il peut attendre ! J’ouvre la porte d’entrée, le portail du jardin pour ceux qui connaissent, tourne la clé de la chevillette cherra et grimpe dans la salle de bains pour nettoyer à tout vibure mon haleine pestilentielle ! Je suis prêt ! Je commence par le 15 les pompiers. « Allo je vous appelle, allo je suis bien chez les pompiers ? » « …. » « Ah je suis content de vous entendre car un homme gît devant chez moi. » « …. » « Je ne sais pas…Il a l’air mal en point, il ne bouge plus. Oui je l’ai tâté ! Il a le coté souffrant du mal tout court ! » « …. » » Non je ne plaisante pas, il est devant ma voiture et même que je ne peux pas me garer correctement ! Pour dire ! » « L’adresse ? Moi j’appelle pour rendre service, je ne veux pas avoir des ennuis ! Ma voiture est juste devant mais je ne l’ai pas écrasé ! » »Si je donne le nom de la rue et que vous le récupérer, je peux rester anonyme ? » « …. » « Je suis obligatoirement témoin parce que j’ai appelé ! C’est dégueulasse ! J’y crois pas ! Je rentre chez moi tranquille et je vous contacte pour dégager mon trottoir plein d’indigent en berne et je dois en plus vous montrer la suite à concocter! » « … » « Non je ne dis pas n’importe quoi ! Quoi ! Vous avez mon numéro ! Je vous rends service et vous attrapez mon numéro de téléphone ! J’y crois pas ! J’hallucine ! » « ….. » « Ok vous venez avec la police ! Je vous attends ! Faites vite ! Ma voiture est en pente et mal garée ! Je ne veux pas de pv ! »
J’attends devant le perron du jardin. Ils ne m’auront pas car je ne suis pas en voiture. J’ai 2 grammes mais je suis à pied et je les …… Je me caille grave et l’autre meurt toujours à proximité de mon pare-chocs. Comment ce con a pu me chier de cette façon ! Je ne le connais ni d’Ève ni d’Adam et il trouve le moyen de finir sa vie sur mon trottoir. Je suis en colère contre son corps ! Pin pon pin pon, Un gros samu rouge descend la rue mademoiselle comme une piste de bobsleigh, pin pon ! Freinage à la starky and hucht, deux cosmonautes sortent du vaisseau en plein milieu de la route, avec des bouteilles d’oxygène et des combinaisons anti-radiations. » Le blessé est où ? »
D’un doigté propre au témoin ou à celui qui n’a rien vu ou au pervers qui fait semblant « là ! »
Les cosmonautes investissent l’endroit. Avant de toucher la victime, ils délimitent un carré de sécurité avec des bandelettes rouges et blanches, commencent à gratter le sol aux alentours, envoient un sous-fifre en haut de la rue pour la détourner, puis regardent le corps.
« Il est pas beau » dit le premier sur les lieux.
« Goudard, préciser ! Nous ne somme pas ici pour vos états d’âme ! » dit le chef cosmonaute
« Trachée sectionnée, noyade par hémorragie, perte de l’ambiance…euh…de la conscience après dix minutes, enfoncement de boite craniène par un objet contendant non ciblé, aucun réflexe des membres inférieurs et supérieurs, l’homme parait inanimé. Chef »
« Goudard, n’apprendrez vous jamais dans notre section ! On ne parle pas d’homme mais de corps ou d’objet ! »
« Le corps semble inerte »
« Bien »
« C’est moi qui vous ai appelé »
« Goudard, prenez note. Ce monsieur est la cause. »
« Je n’ai pas dis cela, j’ai juste téléphoné pour vous avertir de l’événement ! »
« Goudard, cela tombe exactement dans votre cursus, voilà un stage positif, prenez note ! Le monsieur que voici a tout vu mais n’est pas responsable. » « Ce qui reste à démontrer…. »
« Je n’ai rien vu. Je vous ai juste appelé car cette personne traînait devant mon portail ! Je ne suis aucunement en cause ni en conséquence de son état ! Je ne le connais même pas ! »
« Goud’herbe, établissez le procès verbal, nous verrons ensuite la véracité de ses dires »
« m’enfin ! »
« Allo, Dupont l’aignan, CCCChhhhhefff des urgentistes de l’Essonne, je vous fais part d’un homicide au 4 rue mademoiselle à Orsay…….. Oui nous avons un témoin qui est fort suspect, voire hirsute. Le corps est frais, oui. Très frais et très mort et très parlant, oui. Le sang est bien rouge et il coule encore, oui. Comme d’habitude, nous ne touchons à rien, oui. La forme ? Ben…excavé, les côtes en L, le ventre proéminent plein de souffre oeuf, les vertèbres brisées au niveau des omoplates, le bas du dos en bouillie. Oui. Comme si un troupeau d’éléphants lui était passé dessus. Oui Oui C’est une blague ! Il n’y a pas d’éléphant dans l’Essone ! Ah ah ah ah ! Vous arrivez ? Bien. Nous avons quadrillé le secteur ! A toute ! »
« Vous nous avez téléphoné ? »
« Oui, tout de suite après avoir constaté que le corps gênait mon créneau. »
« De suite ? »
« Euh, pas tout à fait…., je suis juste rentré chez moi pour téléphoner… »
« Pourtant, vous nous avez contacter par un portable ! »
« Ben oui ! mais aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne l’emmène pas tout le temps avec moi quand je sors. »
« Bien, la police va arriver et aura besoin de votre témoignage, restez à disposition en attendant. »
« Il est tard. Je ne peux pas me coucher et les voir demain à l’aurore ? »
« Non…. »
« Gouderby, ou en êtes vous ? »
« Goudard, chef. J’ai pris note des dires du témoin. »
« Alors ? »
« Il n’a rien vu ni entendu, il gara sa voiture à l’heure de la constatation d’un volume perturbant devant son véhicule. Il en fit part au moyen des communications lui incombant de nous alerter à l’heure induite de notre intervention »
« Good’miche…Vous faites le malin ? Je ne vous ai pas demandé un discours officiel mais un abrégé de la situation ! »
« Ah ! Le corps est bel et bien mort. Même avec de l’apnée, ou de l’hélium liquide, il ne pourra pas nous énerver. Le sus-dit témoin hirsute et suspect vu l’heure n’a pu nous raconter une histoire crédible quant au fait qu’il garait sa voiture près d’un moribond. Après interrogatoire du sus-nommé, il en résulte que son coup de téléphone préventif est plus solide que sa vision historique de l’événement. »
« Voilà ! Goudyear ! Vous commencez à vous intégrer dans l’équipe ! Vous sentez notre langage ! »
« Merci, chef »
Piiiiiiiiiiiiiiiirrrrrg puuuuuuiiiiirg Piiiiiiiiiiiiiiiirrrrrg puuuuuuiiiiirg
La police débarque sur le lieu. C’est une descente et pour la police la voiture n’est pas une luge ni les apprentissages du chasse-neige lui est connu ! Piiiiiiiiiiiiiiiirrrrrg puuuuuuiiiiirg ! Un chassé virevoltant du début de la rue jusqu’au lieu du mort, le 4 rue mademoiselle, un bout de gomme traçant l’asphalte, un couinement de pneus avec de la fumée de bitume, une R18 débridée R25 déboule vers le bas à chapeaux de roues. Le correspondant à la bride abattue. Coup sec du frein central, le coéquipier éteint la sirène et grimpe en même temps sur le toit pour la perception d’ensemble. Les premières traces d’un homicide sont de la chair fraîche pour un policier comme un lapin pour un renard.
Piiiiiiiiiiiiiiiirrrrrg puuuuuuiiiiirg ! Le con ! Il ne maîtrise pas son véhicule. Les cosmonautes s’éparpillent, se volatilisent comme des insectes volants. Sauve qui peut ! La police arrive. Moi je me terre dans l’encoignure de ma propriété et je me demande encore comment j’ai pu faire acte de civisme en prévenant les pompiers. Eux mêmes se demandent si j’ai bien fait de les prévenir ! Virage à droite pour éviter le Samu, puis un autre à gauche pour éviter le fait divers « la police écrase un douzaine de pompiers en plein devoir » et enfin un dérapage avec leur voiture bordée de signes distinctifs (ecilop) fluos. Leur fonction crisse les pneus, hurle le syndicalisme et encastre la dépouille au sol. Un cuir de noir vêtu avec le renflement exigé du fer à souder 25 bis exulte » Ou est le corps ? »
Gros silence ! Les pompiers comme moi-même sommes aux yeux de ce personnage des malfaiteurs ou pire, des futurs voyous !
« Dupont l’aignan, CCCChhhhhefff des urgentistes de l’Essonne, le corps est sous vos roues. »
« Ah….Je pensais que la corporation des premiers actes faisait mieux son boulot…. »
« Monsieur, nous avons balisé le secteur ! Comment pouvez vous nous accuser de mal faire notre travail ! » » J’en référerai à nos supérieurs ! »
« Bah…Casse ta graine, j’ai pas dis ça ! La descente est rude ! On bosse dur et mon collègue, quand il peut, a tendance à se défouler sur le V12 qu’on a ! Te bile pas ! On recule le char et on choppe les preuves. Votre taf est de baliser ou de sauver. Il est mort donc pour nous tous c’est pas grave qu’on lui ait roulé dessus ! Il suffira de retirer les empreintes des pneus pour voir le reste. »
« Oui mais quand même…. »
« Eh Dupont Gnan Gnan ! Ta femme doit chauffer le lit ! Profite ! Et dis moi à qui je peux m’adresser avant que tu t’enfiles la couette ! »
« Euh….. Goudard. Il a fait les préliminaires. «
« Il a paluché le mort ! Ah ahahahahahah »
« Voyons ! Non ! Il a constaté le décès et interrogé le témoin ! »
« Bien merci Du Gnouf Gnouf, tu peux reluquer ta porte de garage ! On se débrouille sans ta main droite ! »
« Goudard ! C’est qui ? »
» Moi »
« S’azuze ! Aboule les faits ! »
« La sus-dite victime…. »
« Eh Goudmiché, je te parle des faits et pas de la vie du Gnouf Gnouf, fais dans le succinct, il est tard ! »
« Euh….Un cormac s’est jeté sur le sol sans assurance vie et en plus a généré une gène au monsieur que voilà, pas plus simple qu’une demi-heure avant ! »
« Ah ! et le mister c’est qui ? il crèche où ? J’aime bien sa tronche de cake ! »
« C’est le monsieur qui nous a alerté parce qu’il ne pouvait garer sa voiture correctement au regard de la loi »
« C’est un mec bien ! regarde nous ! on a pas pu s’empêcher de lui rabioter quelques phalanges ! Trop bien pour ne pas être louche ! »
« Mister…. ? »
« Mandille. J’habite la maison derrière le cadavre. J’aurai largement préféré que le corps roule jusque en bas de la pente, voire vienne nourrir les carpes qui sévissent dans la petite rivière au bout mais que nenni l’objet a priori appartient à mes ennuis. Pascal Mandille., 6h12 du matin, très fatigué et perturbé par les sirènes. »
« Hucht, inspecteur de police. Qui t’aurait jamais connu si tu ne faisais pas la collec’ de cadavre devant ton gourbi ! Enchanté ! Hucht et mon collègue Starky, l’écraseur de preuve ! très tôt le matin et même pas un café dans les neurones ! Ma poule ! Tu vas causer ! »
« Pas de problème ! C’est simple et limpide ! Je rentre d’une soirée arrosée avec des amis et je me gare com’ ! Ni v’la ni v’la pas que mes feux de croisement choquent un bout sombre au devant de mon moteur. Je freine façon ferrari en rut et je stoppe un peu comme vous mais sans la loi avec moi ! Je vois comme je vous vois, moins vivant, l’espèce bipède désordonnée qui crépite sur le bitume de mon trottoir ! Je prends mes esprits sous le coude, vérifie que je suis chez moi en tournant deux fois la clé dans la serrure du portail et appelle la dernière chance, le samu, pour relever l’effronté ! Je suis là, constat, belotte, rebelote, et dix de derche ! Muerto ! »
« Well, well well ! T’entends ça Starky ? »
« J’ai rien entendu ! scousi ! Je décolle la chair de mes crampons de pneus ! le salaud, il est tout mou ! »
« Je te secoue le cerveau ! Le monsieure que voilà fait dans la prose et nous concocte une jambe de flamand rose à dormir debout comme quoi il aurait connu les restes qui suintent à nos pieds que presque comme nous ! Que si on était mort ou vivant, il ne ferait aucune différence dans la reconnaissance…euh…la reconduite. T’entends ça Starky ? »
« Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai dit ! quand même ! M’sieur Hucht ! Je ne vous ai jamais vu, soit ! Mais la prochaine fois que je vous verrais mort ou pas, je pense que j’arriverais à vous capter ! Pneus sur la gueule ou non ! »
« Y a du bien fondé chez cet homme, Hucht. T’as déjà la face raviné et il te percute ! Alors s’il dit que le reste du mort, y le sens pas, c’est le mort, y le connais pas ou que le mort, y est tellement mort que même les morts, y sont pas au courant qu’il l’était ! Y a du vrai dans ce citoyen ! »
« Je concède, je conspue, je constipe avec cette carpette sanglante. Depuis que tu lui as refais le profil, on ne peut plus l’interroger ! »
« L’interroger ? Il était out quand j’ai prévenu les urgences…! »
« L’interroger, c’est un mot de la criminelle. La brigade te triture, le fait causer, lui demande ce qu’il mange, ce qu’il a bu. T’as fais l’amour ? Avec qui ? Quand ? L’orgasme était comment, etc…. Tu te rappelles, Starky, comment Lanvar a fait parler la vieille ? »
« Ouais, je m’en souviens ! Elle était raide depuis trois jours ! On pigeait que dalle ! Pas de violence, pas de meubles renversés, rien ! Elle était assise sur une chaise. Bien droite et toute raide ! AHAHA forcément au bout de trois jours ! Pas d’empreintes, ni de fracture de porte ! Que chie ! Pas un soupçon de trace de preuve ! «
« Eh ben suite à tout ça, genre dossier vide, genre les stats tombent à pic, genre le budget 2005 est divisé par 2, Lanvar le med’leg… »
« Le med’leg ? »
« Ben oui, notre ausculteur des chairs, notre gourou de la veine, le carbone 14 des putréfactions, le fossoyeur des trous de balle, le cuisinier des ingurgités gastriques, notre médecin légiste ! Quoi ! Eh ben ! Lanvar d’un seul coup d’œil a vu dans la vieille qu’elle était morte d’avoir trop contemplé son canari dans la cage. Elle l’avait tellement fixé que le mouvement du volatile était rentré comme un couteau dans son nerf optique ! »
« Ouais trop fort ! on aurait jamais pu élucider l’affaire sans Lanvar ! »
« Il a l’air fort votre collègue… »
« Ouais bon c’est pas tout ça ! Rentrez chez vous. On vous interrogera demain à l’aube ! L’équipe va nettoyer votre trottoir. Ca ira pour cette fois ci. On ne vous mettra pas de pv pour votre voiture ! Mais demain…. »
« Merci. A demain. »