As tu ressenti la joie profonde qui accompagne la mutation travailleur –> non travailleur ?
Quant à moi, je rame dans ma tête et dans les jambes. J’ai bien essayé de sortir un truc pour le 18 mais ce ne sont que des bribes qui aboutiront sûrement un jour mais pas le 18 octobre. Je suis dans l’expectative de rentrer à l’Hospital une nouvelle fois pour en finir et l’envie de commencer à créer ce qui me démange. Je ne connais pas la date d’admission, aussi je fricote avec les ordinateurs sans grande conviction en décomptant le compte à rebours qui s’égrène jour après jour. C’est insupportable et en même temps comme un taulard je m’installe dans une solitude oisive. Je ne sors pas de chez moi ou très peu, dans la périphérie de la maison. J’arpente la cuisine, la salle de séjour, la chambre, la salle de bain et la salle d’ordinateurs. Mon espace se limite à cinq volumes dans lesquels j’évolue avec mes béquilles au bruit si caractéristique : clic…clic.
Voilà la situation. Je ne me sens pas « être mobile ». Des frayeurs accompagnent mon manque d’assurance. Si ça brûle, je ne peux pas courir, si on nous « visite », je ne peux pas me défendre (quoique, avec mon équipement !), si Katrin ne revient pas, je ne peux pas acheter à manger, etc… La boucle me grignote. Elle n’est pas constante mais elle s’insère par ci par là sournoisement quand je révèle une faiblesse mentale ou une fatigue. Les doigts picotent et un léger tremblement secoue mon corps. Alors je regarde une merde à la télé et je me maudis de rajouter une couche à mon désarroi. J’ai vraiment envie de vous voir et l’handicap dure. J’aurai tellement aimé m’endormir et me réveiller tout neuf. Prêt à l’emploi ! Eh bien non ! Ce n’est pas encore au point ce que j’appelle la vraie technologie de l’oubli du mal. Elle n’est pas au point. les délais se raccourcissent, c’est évident que les technos ont fait des progrès mais… pas assez vite à mon goût ! Donc, je comble ! Aujourd’hui justement, je dois appeler le service pour savoir quand… Je tourne autour d’une place libre. Oui, non… Oui, non… J’ai raccroché le téléphone avec un gain ou une perte de dix jours. A la semaine prochaine. Bien Madame Bonne journée. Meeeeerde ! Je regarde autour de moi, je béquille en rond, tiens… j’ai envie de me saouler. Quelques bières dans le cerveau, un brin de nuages dans mon coton. Katrin qui passe par là me conseille de ne pas trop boire. J’ai une réponse appropriée : « je recommence à parler aux potes, c’est pas évident, j’ai besoin de délier la langue ». Elle n’insiste pas, elle n’est pas dupe. Tiens… je vais me laver, oui je vais faire ça, c’est deux heures de gagner. Je grimpe l’escalier menant au premier étage, là où est la salle de bain. Un quart d’heure pour me déshabiller. Je sautille et prends un tabouret, le mets dans la douche pour m’asseoir. Je ferme les deux rideaux en prenant soin qu’ils ne pendouillent pas à l’extérieur sinon ce serait la catastrophe. Les béquilles sur de l’humide équivalent à marcher sur un pan de glace. Ah oui, dans l’ordre des actes, je dois d’abord rapprocher la serviette sinon à la sortie de douche je suis drôlement embêté ! Et aussi impérativement, je pense à poser mes orthèses à proximité bien que maintenant je suis expert en saut de kangourou à un pied. Je m’assois, donc, sur le tabouret, je fais couler l’eau et me lave. Le rideau colle à mon dos constamment, c’est énervant. j’utilise le jet pour le rabattre à sa place. Puis la fin, propre, rideaux ouverts, par petites poussées, le tabouret arrive au bord du bac afin que je puisse m’extirper sans me casser la gueule. Un bond et mon derrière est posé sur les toilettes, je m’essuis, sautille encore et ensuite et je me regarde dans la glace au dessus du lavabo. Arrive alors la mise en tenue dans une position d’équilibriste : la jambe avec pied debout, celle sans posée sur la poignée de la béquille droite. Une position assez stable. Je me brosse les dents, me rase, …. J’aboutis enfin à l’habillage et… au repos car je suis vanné !
Ca ne dure jamais très longtemps. Les ordinateurs m’attirent, je ne sais pas trop pourquoi. Je pianote comme maintenant. Des émails arrivent quotidiennement, je les consulte. J’ai même commencé un dessin animé avec des figurines. Je les fais bouger mais sans rythme. J’en ai pas moi, alors elles… Comment peuvent elles en avoir ! J’ai fini le montage du film réponse à la vidéo que Lluis avait déposé à l’hôpital mais je ne suis pas content, enfin pas tout à fait, il manque un petit truc qui manque, c’est certain. Là je ne désespère pas car il est en bonne voie. Il fume comme un feu qui meure. En fait, je sais ce qui ne va pas. Mon âme n’est pas dedans. Elle change si souvent. Les frissons disparaissent et je suis autrement. Quelle galère ces changements de tribulations ! Ou plutôt quel inconvénient ! Au lever, la matin, la démarche tremblante ou affirmée, je devine déjà sous quelle forme la journée se déroulera. Sans aucune passion, je la vois défiler ou prendre à bras le corps son temps en main. Dit ainsi, je contemple mais il ne faut pas croire, je combats cet état de béatitude (j’exagère un peu) en allumant les machines, j’écoute de la musique, je parcoure le journal, je lis un roman, je discute à bâtons rompus avec Katrin d’art, de sociologie, de psychologie, de politique, de vous les huicenmillunistes, des mots entendus, du désespoir planétaire, de cuisine et d’avenir. Sans ordre pré-établi bien sûr. La nourriture intellectuelle vogue au gré des événements. Je ferai peut-être lire cette lettre à Katrin et nous développerons mes états d’âme dessus ou bien comme j’ai pu voir à la télévision, une actrice parler d’elle avec sincérité et truculence puis passer dans une autre émission et relater à la virgule près le même discours avec la même conviction sur le visage ! Voilà en gros ma journée type.
Quelques phases sont très importantes comme la lecture du courrier et des mails, les étapes nourriture, les essais créatifs son et image, le déplacement précis entre des points utiles. Comme tout de suite, l’envie de boire une bière, j’ai la bouche sèche de répéter autistement murmurés tous les mots que je tape sur le clavier. Si je ponctue la phrase, je dis virgule, point, exclamation, change le mot il n’est pas bon, supprime. Je fixe aussi les touches du clavier comme si l’expression cachée dedans peut sortir grâce à la force de mes pupilles. Boire un bière ou deux est hautement stratégique. Atteindre le frigo au rez-de-chaussée, caler deux ou trois bières dans les poches de mon jean, ne surtout pas oublier l’ouvre-bouteille sans quoi un début de rage monte directement aux cheveux à la pensée du chemin parcours du combattant à recommencer. Arriver à l’étage, un peu engoncé dans son pantalon, penser à vider ses poches avant de s’asseoir. C’est le geste auquel on ne pense pas forcément ! J’en sais quelque chose ! Vider ses poches avant de s’asseoir ! J’ai fais l’expérience, chargé comme un baudet, puis assis sur le lit. Heureusement c’est un lit sinon je me serai défoncer le postérieur ! J’ai eu juste une vague impression d’écraser un bric-à-brac d’affaires fragiles ! maintenant, le raisonnement pour optimiser le trajet entre les points utiles est presque induit dans mon mode de fonctionnement. Je n’ai plus aucun dérapage. Je me lève et la route est déjà toute tracée. Evite ce coin là ou encore attrape la béquille avec ton autre main pour descendre sans encombre l’escalier. Le frigo fuit un peu (il faut le décongeler !), j’évite la flaque d’eau péril bien connu des « trois pieds » (les béquilleurs). Et ainsi de suite. A proscrire absolument si la vie vaut le coup pour toi : la prise de deux bières en même temps, voire de deux objets en général. Tous tes gestes sont activés séquentiellement (tu vois ce que je veux dire…). Le béquilleur n’est pas un guignol ou une divinité indienne à bras multiples, son souci principal est de conserver l’équilibre et non de discourir sur un pied en agitant ses ferrailles dans l’air pour convaincre son entourage. Quand tu approches le goulot à ta bouche, la bière n’a pas le goût de celle avalée rapidement au coin d’un zing de bar. L’équipée courageuse qui t’a permis de t’allumer est suspendue dans un coin de ta mémoire. Si tu désires réitérer ta soif, il ne faut jamais perdre de vue l’énergie accomplie pour l’assouvir. Je cause ! Je cause ! Je me prépare tout doucement à l’acte. Car je suis encore face à l’écran et je n’ai pas une once de mousse de bière à la commissure de mes lèvres. J’ai vraiment soif et ce n’est pas d’eau qu’il s’agit ! j’y vais vaille que vaille ! Patiente un peu ! Ah oui ! Une frayeur qui n’est pas de mon cru resurgit. La famille, Katrin m’ont dit de prendre mon téléphone dans mes déplacements au cas ou j’aurais un problème genre cassé dans l’escalier ! Donc j’embarque mon téléphone portable dans une poche ! Ca ne m’arrange pas du tout car c’est la place d’une bière ou du décapsuleur ! Grrrrr… je le fais quand même ! Ils m’ont fait flipper ces cons ! Bon… Patientes. A la tienne ! C’est bon. Je soupire d’aise. J’ai réussi à transporter quatre bières ! J’aurai pu en mettre deux de plus si je n’avais pas eu ce putain de téléphone ! La condensation sur la bouteille ne doit pas faire bon ménage avec l’électronique de mon téléphone. Je n’ai pas pris le risque. J’ai terminé la première, enfin presque. Les trois autres gisent à mes pieds. Euh… J’ai du mal à me défaire de ces expressions toutes faîtes. « Gît à mes pieds » ne rime à rien. D’une part ces bouteilles ne sont pas mortes et d’autre part, ayant qu’un pied maintenant, cela frise le ridicule de parler ainsi. Oui, parler ainsi. Je te remémore que j’annone tout ce que je frappe. Merci le liquide, la langue râpe moins. Est ce un avantage ? Pas trop finalement, ma vitesse dactylographiée n’est pas plus rapide. Toi qui utilise les mêmes appareils, as tu inventé un système pour boire et manger sans arrêter le travail, sans rompre le fil continu de la pensée ? Ce n’est pas toujours le cas mais, aujourd’hui par exemple, un bras automatisé, à commande vocale et à volonté à alcool serait le bienvenu. Un système pour gars qui se croit intelligent de pondre deux cents lignes à un pote couvertes d’inepties banales sur le « quant à soi ça n’intéresse que lui ». Je ne sais absolument pas ou se trouve la fin de ce texte logorrérique ! Peut-être à la fin du paquet de bières ! Je ne sais pas si cette impression m’est propre, en fait je sais que non mais je veux croire que je suis le seul imbécile de la planète. Cette impression qui me grippe lors de mes essais créatifs sonores. Je déniche un son intéressant que je couple avec un autre tout aussi bizarre, en découle une mélodie courte, soit, mais une. Je l’écoute en boucle un million de fois pour m’en imprégner. J’y rajoute des effets en live, je l’écoute toujours, Katrin hurle dans la maison car cela peut durer quelques heures. Et là blocage ! Je trouve ça génial, je suis bien le seul, Katrin maudit les hauts-parleurs, l’informatique en général, moi en particulier. Oui, blocage pur et simple. Après ce bout de création pure, je suis incapable de raccorder cette excroissance musicale à un autre que j’ai créée. Je me retrouve dans une impasse, celle-là, celle du non-musicien qui manipule le son au dépens des autres (chez nous, Katrin est les autres). Un Frankenstein sonore ! Je sais en mon moi intérieur que je crée pour énerver mon prochain. L’image comme le son que je produis a toujours, derrière les fagots, la volonté de terroriser mon prochain. Moins il comprend ou plus il comprend que je me fous de sa gueule a toujours eu effet chez moi d’un aspect d’une jouissance extraordinaire. Je transmets : « je t’emmerde et j’espère que tu le sens bien au fond de ton troufignon ! » C’est une manière pour moi de sucer et, ET, de recracher, tout ce que j’estime chez les autres être malsain, glauque, pas chevaleresque, petit comme chez moi d’ailleurs. Mon coté débile de tendre à la perfection (on se demande bien laquelle !) et de ne pas admettre le dysfonctionnement à ce propos dans mes proches. Oui, mes proches ! Les tintoins qui habitent la terre : je m’en fiche complètement sauf pour le cas d’une vision globale de la souffrance que certains subissent. Sinon je m’en bats les couilles (je peux dire, j’en ai deux !).
La deuxième bière doit agir pour sortir autant de carabistouilles à la minute. J’ai toujours la trouille de finir. Je finis par quoi ! A demain, à la prochaine ou on se tient au courant ! Pourquoi pas : dis à Lluis et à François de se connecter à internet. Que sais je encore… T’es pas obligé de répondre ! Ou : Je t’offre une bière à l’occasion si on se voit. Un brin de Atchao, à plus. Pour faire brancher : @+. En tout cas je trimballe le Bye suivi de Pascal depuis la première ligne. Il est deux lignes en dessous, ne bouge pas d’un iota. Il fait sûrement partie du texte vu sa prépondérance immuable de devancer chaque mot que je dis. C’est comme un socle à la fondation, ça peut être une porte de sortie. Pour l’instant, il n’en prend pas le chemin. Je le vois dès que je dégage de la place pour rajouter une ligne. Je coulisse la poignée de l’ascenseur, et hop, lui aussitôt apparaît. Plutôt perturbant, c’est une annonce de fin, il excite mon vouloir de boucler le sens, il me défit aussi. Cette colonne taggée du bye pascal qui, mine de rien, surplombe tout ce qui le précède. Regardé de loin, le texte n’est pas plus qu’un aplat grisé, le bye pascal est à coté comme une tache ou une exception, un puit sans fond immuable qui sait qu’il distille la fable au goutte à goutte du salut je te revois prochainement. Il m’énerve, je l’ai caché en dehors de la fenêtre. Sa puissance décroît, j’entend le goutte à goutte inexorable : ploup ploup ploup ploup… Par contre, ainsi je le contrôle. Pour lui faire la nique, j’ai une histoire de poète à raconter. A une époque formidable…euh…je fignole un conte de fée…là. Je recommence. Dix ans en arrière, à l’occasion, une belle femme m’avait entraîné dans des réunions un peu spéciales pour un punk rebelle comme moi. Des réunions de poètes. ça me convenait tout de même, les poètes picolent pas mal, moi aussi et la poésie ne parle pas que des fleurs et des petits oiseaux comme j’avais tendance à m’en faire l’image (je suis con !). Quatrième bière, Argh… Donc réunion une fois par mois dans un bar pour causer, certains sortaient leurs recueils et déclamaient leurs joutes verbales. Enfin… c’était pas mal, de toute façon moi je suivais la belle femme qui me faisait fondre et on peut dire que les poètes autour de la table pouvaient me concurrencer auprès de la belle; L’ambiance sympathique et éthylique et (faut avouer) intellectuelle était propice à toute création verbale. Tu sens le trip ? Un pingouin (un mec, quoi !) dont le nom m’échappe, tous les noms m’échappent. Ce serait à moi de décider, je retirerai les noms aux gens, cela leur ferait un bout d’histoire en moins, cela les rendrait un peu plus humble sans parler du bordel extrêmement vivifiant qu’il en résulterait pour s’adresser à quelqu’un de précis. La phrase « pascal tu fumes ? » serait « pascal, le grand aux cheveux gris, toi qui porte des lunettes bleues, la coupe de cheveux à ras et le parler fort, tu fumes ?. Super, non ? Un gars sort un petit fascicule de ses poches bourrées de journaux, papiers volants, reste de casse-croûte, un pardessus élimé à souhait en grosse laine, un manteau de la grande guerre, les cheveux gras mi-longs pelliculés, une caricature de poète maudit en somme. Le gars : « je vais vous lire une lettre d’un ami qui nous a quitté récemment ». Une sorte de testament, j’avais l’idée. Le gars nous lit la lettre. Un blabla existentiel un peu comme celui que je suis entrain de pondre, beaucoup moins long et plutôt bien écrit. Genre « mon existence est une somme de contraintes et de joies qui fait que je suis ce que je suis et non ce que je voudrais être ». Un truc dans ce style mais, je le répète, bien écrit. Le gars lit et lit puis arrive à la fin de la lettre, un peu comme le « bye pascal » en moins concis. La fin : « bon, maintenant je te quitte et je vais me pendre ». Cela finit ainsi. Quelques bières plus loin, tout de suite, je pense : il rigole. Surtout que le corps du texte, de la lettre est plutôt joyeux et rythmé swing et non pas grave, posé, explosé, déchirant, hurlant,… Non l’impression première ne jette pas un froid. Le cercle de poètes réagit comme moi. « Il est bon ce texte », « qui a écrit ? » « bravo, ta lecture est superbe », « c’est de quelle date ? », « pas mal… ». Et un autre enquille sa création comme si rien ne s’était passé. Moi, un vieux doute dans la tronche, j’observe ma belle qui bizarrement était resté silencieuse. Ce n’est pas de la pudeur, ou un sentiment analogue, je dirai plus un replis sur soi. Je susurre à l’oreille de ma belle pour ne pas déranger le poète déclamant : « il s’est pendu ? ». Elle me fait un signe d’assentiment de la tête (tu sais ! de haut en bas !). Le con ! Il s’est pendu ! Putain ! Ca, c’est une sortie !
Le problème à mon sens dans cette histoire, c’est que ça profite à quinze gars réunis anonymement en cercle sectaire. Je n’aurai jamais pu m’immiscer dans le groupe si je n’avais pas été parrainé par la belle que (entre parenthèse) poète ou pas tout le monde aurait bien voulu se faire. Un cercle de poètes à couilles, que des mecs, pas une once de fille hormis la belle muse de copine. Pas un texte de fille, que les extériorisations de gars. Des trucs sexuels, des approches de rencontres, des sensations de rejet, d’espoir, de blablas de mecs, que de mecs. Si je voulais être désagréable ou simpliste, je dirai qu’à cette époque, dix ou quinze ans en arrière, le neurone n’appartenait qu’aux gars. C’est bien pour boire de la bière mais pour la création, j’ai un gros doute ! T’en as pas marre ? Tu dois halluciner ! Ah ! J’ai reçu un message ! Gueu ! Qu’est-ce que c’est ! Il délire ! Je suis obligé d’imprimer, ça ne rentre pas dans l’écran ! Ca va ? Tu tiens le choc ?
Moi, j’entame ma quatrième bière, la dernière ! J’ai envie de pisser ! Faut que je fasse mon trajet sur trois points utiles ! Facile ! Toujours pisser avant d’attaquer les grandes manœuvres est ma devise du moment. C’est con mais ça fait du bien ! En picolant, je joue avec les ascenseurs et je me dis : »si Edgardo savait… ». Je me marre et j’hésite, les deux à la fois. Je mens. Je n’hésite pas, il est déjà parti pour moi. C’est surtout la petite souris pour faire mignon ou big brother pour faire actuel qui me titille et je donnerai cher pour voir ta tête à la réception du message. Pour qui il se prend ? Oui, je sais que c’est complètement égocentrique, cette vision. Mais merde ! Je revendique l’état. Cela ne représente pas dix minutes de délire, c’est beaucoup plus que ça. Alors, ce petit plaisir de la petite souris qui voit tout… C’est comme aller pisser tout de suite, mon bien est dans la culotte et dans le cerveau ! Très localisés !
Tout va bien docteur, il n’a rien ailleurs. Merci Geneviève, ramenez le en salle, il est réveillé maintenant.
D’accord Docteur. Quand le verrez vous ?
Tant qu’il n’aura pas vidé sa vessie dans le bassin, je n’ai pas besoin de le voir. Bien docteur.
Nous l’envoyons directement au bassin. C’est cela, Geneviève, Faîtes…
Est-ce qu’il a le droit de boire, docteur ? Seulement s’il peut lui-même tenir son verre.
Bien docteur. Nous ferons en sorte. Bien Geneviève.
Je vais en salle des bassins. Patiente. »Ci gît-gotte quatre autres bières à mes pieds », trajet hasardeux !. Monsieur, Monsieur, pouvez vous vous retenir ?
Mireille, aide moi pour bouger monsieur, la salle des bassins est trop petite, sa vessie déborde. Monsieur réveillez vous s’il vous plait.
C’est incroyable, Monsieur réveillez vous, Mireille aide moi, vite, sinon nous courons à la catastrophe ! Mmmm… Ah !
Vous êtes réveillé, monsieur ! Pouvez retenir un instant votre vessie ?
Mmmm… A boire ! Oui, monsieur, après.
Mireille, va chercher les containers pneumatiques sinon on ne s’en sort pas. Lesquels, les grands ?
Ben…oui ! Tu as vu la taille de monsieur ! Mmmm… à boire…boire.
Oui, monsieur, patientez… Voilà, j’ai ramené les plus grands.
Super, Mireille. Mets le bout en caoutchouc autour de son prépuce.
De son prépuce ? Mais oui ! Autour de son gland, ne sois pas bête, Mireille ! On est sauvé.
Mmmm…Mmmmm… à boire ! A boire ! Merde ! Tout de suite monsieur ! Dans un instant ! On vous emmène en salle de réhydratation.
Mmmmouis ! Que voulez vous boire monsieur ? Bière, coca, orangina, de l’eau, thé, café…
Mmmm…bière ! Bien monsieur !
Mmmmm… La voici.
Glou glou glou. Aaaaaah ! Encore ! Doucement monsieur…vous n’êtes pas tout à fait remis.
Glou glou glou…Si j’suis remis. Tout va bien. Où sommes nous ? Dans la salle de réhydratation.
Ah ! Mireille, tu m’aides, on emmène monsieur dans la salle du docteur.
Docteur, le patient est dans votre salle. Déjà ?
Oui, docteur, il est grand, il récupère vite. Je vois ça, dites lui que je viens dans cinq minutes.
Oui docteur. Comment allez vous ? Bien remis ?
Oui ça va. Excusez moi. Madame puis je avoir une autre bière ? Docteur, je peux…
Mais bien sûr Geneviève, il m’a l’air en forme ! Merci madame.
Glou glou. Comment placez vous le corps dans cette espace ?
Pardon ! Glou glou. Mon corps ? Ben… Je vous vois, je vois les infirmières, vous êtes à trois mètres de moi, vous semblez grand parce que je suis allongé. Ah ! Est-ce que je vous inspire confiance ?
Confiance…au premier abord, oui. Ca dépend de plein de facteurs. Vous seriez, là, devant moi avec une scie à métaux. Je ne serai peut-être pas aussi catégorique mais là… comme vous êtes… Vous ne me faites pas peur en tout cas ! Oui, je comprends. Savez vous pourquoi vous êtes ici ?
Ben…Excès de confiance !? Voilà ! Mes collègues et moi-même, nous vous avons retiré totalement la confiance…
Toute ma confiance ? Oui ! Celle que vous aviez auparavant était trop…comment dire…
Trop confiante ! Merci Geneviève.
Oui c’est cela. Votre confiance était…trop confiante. Ah ! Bon ! Mais si je n’en ai plus, docteur, comment vais je faire à l’extérieur ?
Pas de problème, monsieur. Grâce aux bio-vitalisants, nous allons la reconstruire ensemble. Ah ! Mais si je n’en ai plus…
Je me suis mal exprimé tout à l’heure. Nous n’avons pas retiré, mes collègues et moi-même, votre confiance. Nous l’avons seulement vidé de sa force pour mieux la remplir par la suite. Ah ! Grâce aux bio-vitalisants !
Oui, vous avez très bien compris le procédé. Cela va prendre du temps ?
Difficile à dire… Geneviève ? En général, les patients retrouvent leur confiance neuve et pleine en combien de temps ? Je ne peux pas vraiment dire, docteur. Un monsieur comme monsieur peut très bien la saisir en quinze jours, voire un mois. Monsieur a l’air d’avoir envie d’être confiant rapidement !
Merci Geneviève. Je vous en prie Docteur.
Vous voyez ! Geneviève nous dit que ça peut être rapide ou moins suivant la pathologie du patient. Ah ! Grâce aux bio-vitalisants…
Oui, ce sont des produits de synthèse très performants mais, tout de même ! , nous sommes aussi là pour vous aider ! Ah ah ah ! A quoi servirions nous sinon ! Oui je comprends… les bio-vitalisants et vous…pour me soigner.
Exactement cela. Geneviève vous expliquera ensuite le processus. Geneviève, vous expliquerez à Monsieur de quoi il retourne. Oui, Docteur.
Bien Monsieur, je dois vous quitter. Ne vous inquiétez pas ! Nous sommes là. Je dirai même…Toujours là. Ah ah ah ! Mais vous comprenez que vous n’êtes pas le seul patient ici. Oui docteur.
Bien ! Je vous vois un peu plus tard ! Merci, docteur.
Merci Docteur. De rien Geneviève.
Monsieur, je vous explique le processus. Il est bon comme docteur ?
Le Docteur ? Oui… Il est excellent, c’est le meilleur de la place, monsieur. Ah bon !
Oui oui je vous assure. Moi qui ai vingt ans d’expérience, je puis vous dire que je ne voudrais en aucun cas travailler pour un autre Docteur. Ah ! Dites moi Geneviève… Je peux vous appeler ainsi ?
Pas de problème, monsieur. Oui, Geneviève, auriez vous l’extrême obligeance de m’apporter une bière à nouveau ?
Le Docteur n’a pas émis d’interdiction donc oui. Merci infiniment. Glou glou glou. Bon, expliquez moi ce que je vais subir !
Subir ? C’est une blague Geneviève ! De l’humour ! Il en faut !
Ah ! Je n’ai pas l’habitude de rencontrer des patients dynamiques comme vous ! Alors que dois je subir ?
Ah ah ah ! Là nous sommes le soir. Donc vous dormirez et c’est tout. Le matin, réveil, toilette, petit-déjeuner… A quelle heure ?
Sept heures. Ah ! C’est tôt !
Oui, monsieur. C’est pour tout faire dans la journée. Donc… Réveil, toilette, petit-déjeuner, refaire le lit. Ensuite le Docteur Energie Psychiatrique vous prend en charge. Le docteur énergie psychia…?
Oui, ce docteur, très bon lui aussi, vous accueille dans sa salle Energie Psychiatrique pour formater votre confiance. Qu’est-ce que cela veut dire, je ne comprends rien !
Votre confiance a perdu ses bords. Etant neuve et peu assurée, votre confiance ne connaît pas ses limites. Ce docteur, en énergie psychiatrique, travaille sur votre confiance et crée pour elle une limite à ne pas dépasser. C’est son travail. Ah ! Comment sait-il que le bord de ma confiance est situé ici ou là ?
Ca, Monsieur, je ne sais pas répondre. C’est un Docteur. Ah ! Ca dure combien de temps ?
En général, la matinée, jusqu’au repas du midi. Bon ! Ensuite ?
Après le repas, le Docteur en Energie Egocentrique vous invite dans sa salle. Vous invite ?
Oui, c’est le terme que le docteur utilise et que les infirmières doivent utiliser. Pour quelle raison ?
Eh…bien… Le Docteur en énergie égocentrique nous a expliqué…je ne sais pas si je dois le dire… Allez Geneviève ! Expliquez moi ! Après tout ! C’est ma confiance qui est en jeu !
Le docteur a expliqué que la confiance en son moi demande l’acception d’être et d’en user par soi même et qu’il est impossible d’imposer à un patient un traitement sur son égo sans qu’il le sache. Il nous a dit que remplir l’égo d’un malade suppose de lui proposer l’acte médical comme une invite et non une servitude. L’égo étant dans votre cas atrophié. Il est bon de l’inviter à se développer. Ah !
Je n’ai pas tout compris mais c’est normal, il est docteur ! et moi non ! Ah ! Et ça, ça dure combien de temps ?
L’après midi jusqu’au repas du soir. Ensuite, après le repas, LE DOCTEUR vous visite pour un bilan journalier. Ah ! Merci Geneviève.
Bien dormi ? Oui, ça va, merci. A quelle heure arrive le docteur en énergie psychiatrique ?
Vers neuf heures. Merci.
Mais avant, il faut prendre les bio-vitalisants. Tout ça !
Oui, c’est normal. Vous êtes vide de confiance. Le traitement va vous aider. Ah ! Mais quinze comprimés !
Je sais, c’est beaucoup ! Mais des micro-doses à diffusion temporisée, cela vous permet de tenir toute la journée avec seulement quinze comprimés. Ah !
Sinon ce serait un perfusion branchée à votre bras ! Ce n’est pas agréable, n’est-ce pas ? Oui, je comprends mieux ! Avez vous une nouvelle bière ? Quinze comprimés, faut les faire passer !
Bonjour, monsieur…
Bonjour. Je suis Le Docteur en Energie Psychiatrique. Geneviève a du vous expliquer.
Je sais que je dois vous voir mais à part ça… Vous verrez ce n’est pas la mer à boire ! Ah ah ah ! Voulez vous me suivre ?
Pas de problème. C’est normal une pièce blanche et vide ? Oui. c’est pour vous stimuler. Rien ne doit perturber les bords de votre confiance. A cette seule condition, je peux estimer les frontières à ne pas dépasser. Nous ne sommes pas des surhommes aussi la confiance a ses limites et je dois déterminer les vôtres.
Ah ! Que dois je faire ? Rien de spécial. Installez vous dans la pièce et vaquez à des occupations fictives afin que je puisse examiner la force de rejet de l’au-delà limite de votre confiance.
Ah ! Mais moi j’ai envie de rien dans cet endroit. Laissez vous transporter par le vide comme votre confiance l’est. Peu importe les envies ou le sens de l’action. Voyez si le mur est un obstacle à vos mouvements. Ma science est abstraite comme le volume dans lequel nous nous trouvons. Voyez si l’ennui développe ou non l’absence des murs et le voyage de votre moi. Vous êtes la séance et je suis votre catalyseur confiance.
J’ai rien compris ! Je dois resté trois heures ainsi ? Chut…Etre ou ne pas Etre… ….. Très bon, très très bon, j’ai vu exactement la forme ectoplasmique de votre confiance et je sais maintenant sur quoi agir. Visiblement votre confiance peut être énorme et volatile. Extra, nous allons faire du bon boulot; La marge des bords n’est pas définie et c’est cela qui est super. Quand je parlais de volatile, je parlais de vos bords qui sont gazeux.
Ah ! Oui, le principe du gaz est de remplir extensiblement l’espace dans lequel il se trouve. Votre confiance a cette faculté gazeuse de remplir votre moi-espace ! C’est super, non !
Ah ! Mais concrètement, ça m’avance en quoi ? Vous n’avez rien compris ! Votre confiance est infinie proportionnellement à l’espace que vous accordez à votre moi. Si votre moi explose, votre confiance fait de même.
Ah ! Je peux repartir ? J’ai mon repas de midi. Oui Oui.
Merci, à demain.
Ahhhhhh, c’est quoi ce midi ? Gelée de côte d’agneau à la tomate et des pommes dauphine.
Ah ! Compote de fruits de saison avec zestes de noix de coco.
Ah !
Bonjour, Monsieur. Bonjour, je suis le doc en énergie égocentrique. That’s good ?
Pardon ? Je parle anglais. Je m’entraîne car je pars en vacances en Irlande à la fin du mois. You understand ?
Euh…Oui. That’s good ! Come with me, venez avec moi.
Nous marchons depuis un demi-heure dans les couloirs, ou va-t-on ? That’s good, bonne question ! J’ai décidé pour ma pratique d’éloigner le patient le plus possible de ses repères pour pousser son égo à réagir à l’événement. You are a good guy ! Vous réagissez très bien ! Let’s go ! Nous sommes arrivés. the right door, la porte droite après les toilettes. Good !
Mais c’est minuscule, c’est un placard ! Good energy ! Nous avons tendance à surdimmensionner notre égo. Egocentric, yes ! Aussi je commence toujours ma thérapie par un espace… place, little place, yes, petit afin que l’égo se concentre sur un moi à échelle humaine. Human space you go abstract ! Yes !
Ah ! Ainsi un mètre carré à deux permet de faire connaissance et d’estimer la juste limite de l’espace attribué. Know little human space, know why we are ! C’est le début puis nous agrandirons l’espace et la permissivité dans ce volume. You understand ?
Ah ! On fait quoi ? Nothing, rien du tout. Le but du test est de savoir si on peut se supporter quatre heures durant dans un mètre carré sans manger l’égo de l’autre, test the place with brain, yes !
Ah ! On parle, on bouge, on se regarde… on fait quoi ? Don’t move, juste wait. Oui. on peut causer, ou dormir ou les deux, peu importe, le tout, all, c’est de tenir sans que votre égo explose. yes, cool boy.
Ah ! ……You speak English ? Yes, I go in Ireland country because my wife is a stranger in this country and i want to know her better.
Ah ! Why ? Because my egocentric is too much for her, so i must exchange cultur with her to undestand what she want.
Ah ! You do this job, how many years ? Euh… Fifteen years now, yes.
Ah !…… Votre égo est très puissant. Vous n’avez pas réagi malgré mon semblant d’anglais interminable. Je suis effaré par votre comportement. Pour votre gouverne, je ne vais ni en Ireland ni me marier pour avoir une femme irlandaise. Je suis seulement subtil, du moins je tends vers… Vous auriez pu vous énerver, faire acte d’impatience ou prendre plus de place dans l’espace. Et bien non ! Le contrôle dont vous maîtrisez le rythme est parfaitement étonnant. Si votre égo est surdimensionné, la gestion que vous en faite prouve l’excellence de votre cortex. Je n’ai pas de souci pour votre confiance.
Ah ! Vous êtes en très bonne voie de guérison.
Ah ! Merci Doc ! Ah ah ah ! A demain, see you again.
Comment je retourne à ma chambre ? Ah ah ah ah ! Suivez les flèches jaunes.