Lettre damour libre de droit

Lettre d’amour libre de droit.

Changer juste les noms et les lieux, pour ne pas être ridicule !

Laura,

Face à la vitre fermée, mon regard vole sur les arbres, rattrape les images entremêlées du temps écoulé.
Un jet d’œil à droite, rien, un jet d’œil à gauche, rien qu’une face fugitive des événements parus dans mes veines, coule la face dans son entier grâce à ses cotés et à son derrière.
Le volume prend maintenant forme : face et temps. Le volume étiolé, l’aiguille de la montre tourne, bondit de cran en cran dans le mouvement circulaire de ce plan : le temps.
Calcul après calcul, ton visage se construit lentement pour ne pas perdre une facette, une lumière, un mouvement.
Petit à petit tu te construis là devant moi, mes yeux claironnent et chantent la sarabande d’un présent magnifié.
Tu apparais, belle et joyeuse, vent vital en poupe balayant les derniers soubresauts de la pénible affaire de mes tris mémorisés.
Mon cerveau réfléchit encore et encore, dit à mon cœur la raison de notre rencontre subliminale.
Mon cœur répond à ma tête, il crie son désarroi face à cette raison d’être, cet éloignement programmé qui a nécessité ton départ vers ta maison, à un long temps corporel de nous.
J’exècre les raisons d’état, économiques peu en accord avec l’être humain, celui qui parle, mange, danse et aime. Je suis là en France, dans un pays à frontières, toi, tu es là en Roumanie dans un pays à frontières.
Un pays à frontières = un pays à frontières, là et là, moi égal toi. Le groupe se resserre inexorablement dans un monde à distance variable.
Un acte d’amour circule au-delà des espaces. Nous nous approprions ce monde sans vergogne.
Le peuple n’existe plus, les pouvoirs n’existent plus, seule une force non virtuelle car non temporelle s’exprime et fait plier les souffrances que le tic-tac de la montre nous inflige, cette force, tu l’as deviné c’est le seul bien dont nous sommes riche, l’amour.
Ce regard que tu portes sur les gens et sur l’espace témoigne que cette force t’habite, que le coeur régit tes actes.
Le groupe s’élargit de plus en plus, grossit, grossit à l’image de l’univers. Samedi, à l’auberge de jeunesse, nous avons scellé ce pacte.
Les indiens d’Amérique échangent leur sang, les européens que nous sommes collent leur âme l’une contre l’autre, s’épousent parfaitement.
Le flash a pris par ces regards, et ses corps. L’éternité est née et ne peut pas être volée.
Les mécréants de la terre, les voleurs d’âme peuvent rigoler à gorge déployée. Qu’ils rigolent, qu’ils ricanent, qu’ils se gaussent.
Toi, moi et tous nos amis savent que rien ne peut arrêter le processus. Le firmament est trop brillant pour qu’une entité malveillante puisse l’assombrir.
Olé ! crie le toréador à l’unisson avec ses symbioses. J’espère, “ j’espère que mon parler joue sur tes sens et que tu ne sois pas obligé de décortiquer mes phrases.
Je ne peux pas t’écrire autrement, je ne peux pas, l’exigence à ton égard ne permet pas un discours normalisé propre et bien-pensant du mâle correspondant avec une femme, colonne vertébrale bloqué, cheveux lustrés, souliers vernis, claquant entre ses doigts des rythmes appris dans les cours du machiste ancestral.
Je te parle et je te caresse en harmonie, le bout de tes doigts au bout des miens. Le velouté électrique est transmis à chaque mouvement. Minuscules mouvements circulaires palpant les sillons de tes empreintes, circulant le long de ton corps, tu le sens ?
Un liquide chaud et limpide glisse dans tes veines, emplit la racine de tes cheveux, masse ton sexe, enveloppe délicatement ton coeur et embrasse ton ciel.
Tu le sens ? Il continue, monte à tes yeux et dépose mon âme sur ta bouche. Je suis groggy de ton plaisir, tu m’accueille dans ta chaleur. Nous sommes Un.
C’est bon et je voudrais que ça n’en finisse plus, jamais non jamais. La danse continue malgré nous, le corps perdu dans l’extase, nos doigts glissent glissent à travers l’espace, fusionnent dans le nirvana.
Aime, Aime rien n’est dit, pas besoin. Flash…… Regard tendre qui réclame, ça ne s’arrête plus, caresse à nouveau, encore et encore. Ce n’est pas possible, un doigt sur ton ventre, la chaleur explose, un doigt sur mon coeur et ma figure rayonne de bonheur.
Stop, Stop on se désintègre, que c’est bon, stop ,stop , on n’en peux plus. Tu vois les lumières qui virevoltent autour de nous, elles sont de toutes les couleurs, elles dansent pour nous en offrande à notre bonheur.
On somnole, on n’ose pas se toucher, on est épuisé. Des jours, des heures qu’importe ! Des murs, des choses qu’importe ! Seule notre aura est là.  Je t’embrasse.
Plus tard, beaucoup plus tard, le juste repos du guerrier entamé. Rappel à l’ordre de la sonnerie des pompiers, la police sur le qui-vive.
Les voisins, les 500 millions de personnes qui nous séparent ont appelé au secours. Une lumière vive est passé au travers de l’heure dans le corps, ils ne comprennent rien à ce qui leur est arrivé.
Tout le monde sort dans la rue. Ils sont comme des pantins aux jambes flageolantes à sourire béatement au premier quidam rencontré.
Toi et moi main dans la main nous rions nous rions et nous rions sans nous pouvoir s’arrêter.
Une grosse dame qui à son habitude râle pour tout danse la gigue sur le trottoir, imitée par un ancien combattant unijambiste.
Un petit garçon avec un ballon multicolore les entraîne par la main entre les voitures. Les téléphones sonnent en musique, les standards téléphoniques s’écroulent de paroles d’amour.
Toutes les lumières éclatent de mille feux. Et nous main dans la main nous les contemplons en riant toujours, de plus en plus fort, de plus en plus beau. Le monde nous entend, rit à son tour, une vague amène une autre, et une autre encore plus grande que la précédente.
La grosse dame, l’enfant au ballon et l’ancien combattant sont maintenant rejoint par des milliards de gens le long de la terre. Plus de nuit, plus de jour, un moment d’éternité déclenché par notre bonheur.
Nous sortons en voulant embrasser ceux qu’on aime, les lucioles nous accompagne.
Chaud devant ! Voilà Laura et pascal ! s’écrient nos amis, les bras et les mains grands ouverts.
Tout déborde, les états abandonnent, la police jette son arme, les pompiers lancent des gerbes cristallines d’eau dans le ciel.
Les profondément méchants s’évanouissent et disparaissent à jamais.
C’est le plus beau moment de notre existence.

oncle d’Amérique, tante d’Amérique

Salut oncle d’Amérique, tante d’Amérique, cousin, cousine, petit cousin et mari de la cousine. L’ordre n’a que peu d’importance, il appuie seulement ma rapidité de pensée par rapport aux us et coutumes familiaux. Récemment, maman m’expliquait, toujours avec la même patience (chaque année, elle recommence !), l’arbre généalogique, ses imbrications sanguines, ses ramifications de part l’Europe et d’autre l’Amérique (c’est vous !). Elle me racontait comment de lointains cousins liés à mon paternel vivaient encore en Espagne, plus précisément dans le pays basque espagnol. Et tout cela mis bout à bout forme un méli-mélo inextricable dans ma tête tellement remplie d’informations. Je sais et la mémoire visuelle y est pour beaucoup, que ma famille la plus proche est mon père, ma mère, ma sœur et qu’à partir de cette base concrète, je peux créer des barrières aux limites desquelles ma compréhension ne suit plus la logique effrénée de mes neurones. Aux quatre points cardinaux de ce champ, tels des piquets de la mémoire, se trouvent les grands-parents, un grand-père, une grand-mère, un grand-père, une grand-mère. Le filet se tisse naturellement à partir de ces ancêtres. Et le centre, la solidification de cette trame, les points essentiels à son existence sont les neveux de ma sœur, Maxime et Benjamin d’un coté de l’océan et pour l’autre rive le fils de Patricia, Samuel. Déjà, tout petit et très présent, ils sont la mémoire de notre famille. Je suis tenté, devant l’importance de l’événement, de rajouter un maillon à cette chaîne, Nanténé la petite fille de ma compagne Laurence et, ainsi, de retrouver ces fameux points cardinaux qui sont à l’origine de ce tissu familial. « Ca y est ! Pascal a décapsulé le peu de cohérence qui construit l’être humain normalement constitué » dites-vous en votre for intérieur et à juste raison ne sachant pas très bien moi-même comment aborder le principal sujet de ma lettre. Alors ma pensée vogue sur l’écran (ce type d’écriture appelé écriture spontanée est employée par des écrivains tels que Miller, Kerouac, Hemingway ou Michaux en ne citant qu’eux pour rédiger leurs livres et avec beaucoup de succès me semble-t-il.). Les wagons se raccrocheront d’eux-mêmes grâce à la vivacité du rythme des expressions. L’ambiance feutrée du petit port de pêche, La Turballe où nous habitons donne libre cours à toutes ces divagations. Le silence résonne dans les fibres des vieilles bâtisses qui composent ce petit village. L’horizon ne s’insurge pas, elle est du lever au coucher à la même place immuable. Nous logeons en bord de plage, une plage bretonne étendue tout le long de la crique. Elle commence au port, longe Le Croisic sur le flanc visible à nos yeux, continue sa route sous la forme d’une pointe dont l’extrémité est Pornichet et repart de l’autre coté du trident et rejoint La Baule. La mer aux teintes vertes et bleues sépare l’endroit où vous êtes de celui où nous sommes. Cette description parait peut-être inutile, nous vivons exactement dans un Petit Coin Breton, le miroir réel de celui bien connu qui existe au Québec ! Excepté le fait que nous trempons nos pieds dans ce petit coin breton qui, somme toute, est une différence majeure, un restaurant spécialisé crêpes bretonnes nommé La Chaumière est ouvert face au port. Ce restaurant a son histoire particulière : il a appartenu à la grand-mère de Laurence et pour une raison ignorée de celle-ci, ses grands-parents l’ont vendu bien avant sa naissance. Le surcroît de travail en est sûrement la raison, les hommes de la région sont pour la plupart des marins et la grand-mère ne devait pas pouvoir gérer et tenir seule la crêperie. L’époque propice à l’enrichissement des pêcheurs, le revenu du mari suffisait amplement aux besoins de la famille. Le village comporte trois mille âmes, l’hiver et se remplit l’été jusqu’à arriver à trente mille personnes venues des régions les plus diverses de l’Europe, les grandes villes européennes semblent accolé en regard de distances impressionnantes qu’il faut parcourir pour atteindre les villes du continent américain. Pendant cette période estivale, l’avenir se bouche et se cantonne à l’absorption pantagruélique de crème solaire, de sucreries colorées et de sexe libérateur pouvant aboutir au paroxysme à flux tendu lors des pointes de chaleur. Les couleurs bigarrées des serviettes de bain, des maillots aux lignes épurées, des bronzages uniformes se mêlent alors aux teintes chatoyantes de la nature. Les voitures des estivants collées pare-choc contre pare-choc déambulent toute la journée dans un ronflement balayé par la vague du vent le long de la rue principale jouxtant à la fois le port et la plage. Les autochtones en bons hypocrites exècrent ce parisianisme larvé qui encombre leur belle région et chaque année pour répéter inlassablement leur petit tracas vital serrent les dents, amoncellent des deniers en prévision de la saison suivante pendant laquelle le monde entier les aura oublié. Eux, leur conviction d’être légitime et leur petite habitude fermée de s’observer tels des chiens de faïence. Ils, ou plutôt devrais-je dire à la face de la planète les turballais, préservent dans leur grenier en prévision de la saison morte un goût immodéré pour les petites histoires ramifiant les uns aux autres. L’assassinat n’est jamais très loin, il n’a nullement besoin d’objets contondants pour assouvir sa soif  d’intolérance animant le bout des doigts de ces villageois anonymes. Laurence et moi-même avons bousculé à notre arrivée ce non-droit à la différence. Notre existence à leurs yeux s’est solidifiée, posée sur l’autel du sacrifice et a animé le flot verbal fielleux des turballais sans avenir. Les courbes de l’électrochoc ont grimpé sur nos têtes pour piquer nos âmes. Elles ne sont pas conformes à la juste réalité des petites gens ordinaires. Nous ne travaillons pas continuellement, cela semble contraire à une démarche normale d’un enraciné de la région. La Reconnaissance, le respect des conventions est engendré par une recherche assidue d’un travail ou tout du moins par une lamentation bien orchestrée de ne pas en avoir à son actif. Il n’y en a pas sans peine aux dires des plus virulents. Le travail, quel qu’il soit, appuie leur sentiment d’exister et affirme la personnalité sociale, le passeport permissif , l’ayant droit de l’action la plus irréfléchie et la moins responsable. Le passeport du roulage musculaire autour de l’axe des actes gratuits et inutiles. Donc, nous ne produisons aucun travail. Ce fameux travail qui libère les reflux mentaux trouvés dans l’enceinte de l’endroit le plus fréquenté de la Bretagne, le bar, qui permet de payer mensuellement le privilège de jargonner franchouillard dans le sournois projet de posséder toujours plus. Descartes a dit : « je pense donc je suis ». Eux ont transformé à leur profit : « je gagne donc je suis, je paye donc j’existe, je peine donc j’irai au paradis ».

La Foufoune Mentale

LA FOUFOUNE MENTALE

Six histoires

Par Pascal Mandille


Dédoublé et vous ?

Qu’en est il de vous avec cette sensation de désunion qui chavire votre mental, certains matins au lever difficile ? Qu’en est-il de vous lors de la recherche de votre gravité plongée dans le café ou dans le thé ? Votre moi s’insurge absolument contre cet état de fait qui ralentit votre rythme lors d’une longueur de journée. Alangui, flottant dans le cocon anonyme qui vous enveloppe, vous combattez cette situation. Le travail vous appelle, le métro vous guette, le stress est normalement votre seconde nature tôt le matin jusqu’à tard dans la soirée. Et cette métamorphose qui n’en finit pas de vous transformer en un autre. Celui que vous redoutiez à la première prise de conscience, à l’adolescence sans doute. Il est là aujourd’hui à s’agripper à votre moi comme une sangsue, ça, collant la bête qui vous ronge !  L’habit qui vous sied comme à l’accoutumée serre tout votre cou tant il est gonflé par votre concentration, celle là même qui accélère votre mutation. Desserrez votre col, elle n’en a cure ! Une cigarette, peut-être, améliorerait votre état proche de l’apoplexie. Oui, c’est cela, une cigarette, l’allumer avec votre briquet, utiliser tous vos sens dans ce but ultime pour garder la tête froide et reprendre le contrôle de votre personnalité !  J’extirpe une clope de son paquet, vous-même en l’occurrence, véritable bouée, mentale et solide, la retourne afin que le filtre soit dans le bon sens, celui de la bouche. Ce n’est déjà plus la mienne, mais celle de l’autre qui possède de plus en plus d’ascendant sur mon enveloppe. Mes doigts gourds ont du mal à maintenir la cigarette dans le bon ordre. La bouche colle. Je dois absolument garder le cap !  L’orifice de l’autre tient la cigarette. Bizarre, elle s’y accroche avec la force de conviction que moi, le vrai aurait pu émettre. Tant mieux, je ne suis pas complètement l’autre. Au briquet, ensuite. Opération beaucoup plus délicate. Il ne repose pas face à moi, il est profondément enfoui dans une des poches de ma veste, celle qui est trop étriquée et freine mes mouvements, le peu qu’il m’en reste. A droite, à gauche, laquelle ?  Où je le mets habituellement, les matins sans changement notoire. Est-ce que le rappel des jours précédents fait partie intégrante de moi ou est-ce une astuce de l’autre pour s’immiscer dans les restes de souvenir du moi d’avant avant l’ultime transformation ?

Je n’ai pas le choix, je focalise avant tout sur le petit acte que je dois accomplir, mon seul recours, ma seule sortie de cette tourmente qui me ronge. Bon, eh bien, quelle poche ? Je choisis la droite, il faut en prendre une. La cigarette est maintenue dans le trou par la main gauche. Je dois encore et encore tenir la ligne. Penser à cette main qui n’est plus que la moitié de ma possession. Elle se délie, c’est bon signe. Elle fouille dans la poche, elle touche une forme allongée, le briquet. Prends, mais prends donc bête main toute maladroite ! Le ciel s’assombrit, est-ce l’attente de la flamme qui opère déjà sur mes rétines ? La main retire le briquet de la poche, l’approche de la cigarette toujours serrée dans la bouche de l’autre. Flamme, que faire ? Mon pouvoir d’aspirer peut trouver un sens dans le reste de contrôle qui m’est échut ? J’essaye, une fois, rien. J’essaye à nouveau et le bout de la cigarette se consume. Ouf ! Rien malgré tout, pas une once de processus inverse, l’autre a intégré le fait de fumer dans son corps tout neuf. Je ne me débats plus, à lui de jouer. Je sais que la foufoune mentale a encore gagné. A elle de s’embêter maintenant  tous les matins à préparer mon café ! Je m’en lave les mains qui ne m’appartiennent plus. Je renonce à la combattre, je ne ferais plus sonner mon réveil, ni prendre une douche matinale si froide, ni rien qui embarrasse les faits et gestes de la foufoune mentale qui sévit dorénavant en moi. Elle est moi, à elle d’en tenir les rênes. Je m’en bats les roustons et aussi foufoune mentale soit-elle, qu’elle assume son emprise sur mon moi !


Le silence en retour
 

Dix ans que je connais Gérard, un gars sans histoire apparente, du moins à ma connaissance. Gérard avait un long périple de traqueur de donzelles dans les bars populaires de Ménilmontant, alternant  joyeusement le pastis et le demi, les deux boissons alcoolisées bon marché proposées dans les troquets de ce quartier. Il déambulait à partir de midi d’un rade à l’autre, repérant les copains dans le même état d’esprit.  Sa fréquentation coutumière de certains de ces endroits lui permettait sans trop de difficulté de négocier quelques godets à titre gratuit. Gérard est une figure incontournable des cinq ou six rues dans lesquelles les bars se trouvent. Casquette vissée sur la tête, bonjour tout le monde, la clope collée à la lèvre inférieure, bonhomie journalière, Gérard est un spécialiste du serrage de main. Il côtoie tout le monde du bar, devine, ignore, rebondit sur les histoires de chacun, il fuit les ennuis et les déboires des autres piliers, il ne prend que le bon et coloré chez l’un et d’une pirouette évince les problèmes mentaux, financiers ou violents qui pourraient survenir. La limpidité de Gérard est proverbiale ! Donc, le bougre commence à midi, ingurgite une quantité astronomique de boissons au cours de la journée. Cela dépend bien sûr des potes rencontrés au cours de sa pérégrination mais en général à dix-neuf heure pour l’apéro du soir, Gérard est légèrement grisé. Ainsi de suite, quotidiennement, il ne déroge pas d’un seul iota à ce périple communicatif. L’heure de l’apéritif qui annonce le début de la truculence de Gérard dans la soirée est chose sérieuse. Tout en découle, le nombre de filles qu’il rencontrera, son aptitude à les subjuguer avec des histoires drôles, la tenue du verre qui détermine le gentleman a contrario du poivrot. Toute l’histoire du rôle qu’il joue chaque soir pour émerveiller son entourage et lever au petit bonheur la chance une demoiselle de bon ton afin de clore la soirée dans la chaleur doucereuse d’un sein vibrant. Gérard aime le pastis et par-dessus tout les femmes. L’éphémère d’une rencontre avec la gente féminine est son deuxième poumon. Donc, de dix-neuf heure à vingt et une heure, il colore ses yeux et aiguise son franc parler. Gérard, ce soir là comme les soirs d’avant, dix ans durant, sirote son verre et repère la femelle, à l’affût du zinc. Rien de probant ce soir, du moins pour l’instant. Il suppute ses chances d’attacher ses sens à un être du sexe opposé. Arrive Roberte, un canon du moule calorifique de la nature généreuse que souligne son derrière rondelet. Elle entrouvre la porte du bar, engouffre sa première jambe maillée dans l’encoignure de la porte, répète à nouveau le geste et enfile dans l’ouverture son deuxième support érotique, passe ensuite deux généreux renflements poitrinaires, couronnées d’une chevelure couleur feu, d’un rouge à lèvre sanguin et de deux anneaux genre esclave rebelle accrochés à ses oreilles. Le postérieur suit le reste. De petite touche en petite touche escarpine, Roberte longe le bar et amorce de son regard fardé un large tour panoramique de la salle pour repérer une table libre. Elle en voit une. Gérard, lui, a localisé l’autre espace disponible, le volume ardent de Roberte. Il se détourne, commande un pastis sans se presser car sa devise est de ne jamais se précipiter. La demoiselle pourrait être accompagnée et dans ce cas là… Roberte s’installe pendant ce temps à sa table, lisse sa jupe remontée légèrement lors de ses contorsions pour se lover elle et son assise sur la banquette moelleuse accolée au mur et commande de sa voix haut perchée un pastis. Gérard entend son désir et acquiert de contentement. Roberte attend, Gérard attend. Elle semble seule, il parierait une tournée générale qu’il ne se trompe pas, l’expérience lui dicte dans ses tréfonds que cette femelle cherche le male. Prêt comme le chasseur sûr de ses appâts, il enfourne son verre d’un seul trait, rajuste sa casquette pour qu’elle lui tombe sur le devant du front et opère un retourné virevoltant de 180 degrés, s’esquisse tranquillement en direction de la table de Roberte. Elle le voit arpenter l’allée et fait mine de fixer avec curiosité un paysage bucolique accroché en face d’elle. Gérard s’approche de sa table, penche son corps vers elle, engage un semblant de phrase dans sa bouche qui n’arrive pas d’une manière audible aux oreilles de Roberte. Figé dans une position ridicule, il cherche en lui-même le mot ou la formule qui sauve sa situation incongrue. Pas une pensée, pas une répartie rodée pendant des années ne viennent à son secours. Roberte, regard interrogateur mi-figue mi-raisin patiente par un sourire engageant mais rien n’y fait. Il est paralysé dans sa posture loufoque, ne sait plus quoi faire, la teinte rouge du désarroi emplit sa face en montées successives. Gérard a subit une attaque de la foufoune mentale !  Roberte, dépitée, sait ce qui le touche mais seul Gérard doit trouver la solution et vaincre la foufoune mentale qui l’assaille. Son problème est qu’il n’a jamais été confronté auparavant à une attaque frontale de la foufoune mentale et qu’il ne peut réagir à sa violence. La foufoune mentale a encore gagné, me dîtes vous ! Oui, Gérard penaud et maladroit, se relève, fait demi-tour, sort du bar et rentre se coucher. Roberte, quant à elle, ne sera jamais à Gérard. La foufoune mentale dans ce cas présent a empêché une rencontre entre deux êtres qui auraient pu, dans des circonstances différentes filer le parfait amour. Avez vous déjà subi les déboires occasionnés par la foufoune mentale lors d’une rencontre amoureuse ?


Château du Bel Air
 

La fois que j’ai rencontré Marie, aucun stigmate, nul symptôme ne la prédestinaient à séjourner un jour dans ce genre d’endroit. Femme enjouée à la première approche, femme agrémentant sa vie d’une multitude d’histoires abracadabrantes, elle respirait la joie de vivre. Elle sautille, grimpe sur toutes les propositions intéressantes, s’accroche aux choses qui la fontt vibrer. Une femme vivante, mignonne en plus, pas très grande de taille, intelligente, profonde, la personne que vous désirez compter parmi vos fréquentations. Nous déambulions dans le même quartier, toujours populaire, je n’en ai jamais connu d’autre, elle non plus d’ailleurs. Le rapport humain est primordial pour Marie comme pour moi. Peut-être plus pour elle. Marie organise des événements culturels, concerts, expositions d’artistes, les deux ensembles parfois. C’est peu dire que son travail la prédispose à échanger, confronter, parler, diluer des phrases avec les personnes qui l’entourent. J’ai rencontré Marie lors d’une situation de ce type. Fragmentée sur plusieurs projets, alternant rabrouements pour ceux qui n’avaient pas assuré une tache, flatteries envers lesquels son désir de les engager dans ses multiples créations se trouvait poignante, gentillesses pour l’animal qui a du poil, caresses quand celui-ci dégage un trait de créativité rejoignant le sien, Marie offre une palette si variée d’états filant gaiement sur une corde raide que certains soirs, la volupté étant si forte, elle pliait son esprit, fermait ses écoutilles et percevait les vibrations extérieures comme l’eut fait un spectateur passif face à une charge d’émotivité trop forte. Elle est tout ça et peut-être plus encore, je l’ignore, ne l’ayant plus jamais rencontrée voilà trois ans déjà. J’en parle au présent. Sa puissance imprègne mon esprit lors de ma rencontre avec elle. Marie est une noctambule, son réveil et sa vivacité s’accordent parfaitement avec la tombée de la nuit. Elle se prépare en fin de journée face à une glace, la lumière qui l’éclaire n’est pas un jet lumineux factice masquant ses imperfections, stries ou rides qui sont siennes. Cette lumière blanche aveuglante souligne son aspect général sans fioritures. Marie ne supporte pas les faux semblants, elle est telle, agit de même. Apprêtée de noir avec quelques notes de couleurs vives, le rouge sur ses joues, le bleu sur ses paupières, sa peau blanche translucide caractéristique de l’oiseau de nuit, elle ferme sa porte et se rend comme à son habitude dans un des lieux alternatifs, endroits en général propices au rendez-vous avec les énergumènes créateurs qui participent à toutes ses réalisations. Un soir égal à celui-ci, je prenais un temps de détente après je ne sais plus quel débordement. Accoudé au bar, rêvassant d’une foule de pensées sans continuité nette, accordant le son ambiant avec le mien discordant qui bruissait dans ma caboche, sans une attention particulière à l’environnement qui m’entourait, Marie rentre dans le bar, minuscule, elle ne claque pas la porte, elle se glisse, inspecte l’entourage, pèse les pour ‘je reste’ avec les contre ‘je vais ailleurs’, hésite, ne franchit pas complètement l’accès, me voit et décide de s’engager plus clairement dans l’espace. Je ne la connais pas, elle non plus je pense. Elle s’approche de l’endroit ou je me pose, au comptoir donc, néglige à sa manière le serveur comme s’il n’y avait qu’elle, commande sans regarder quelqu’un distinctement et tourne sa tête vers ma personne dans le vague. Elle me salue. Moi, stupeur sortante, lui retourne son signe. Marie me parle, je ne comprends rien, me parle à nouveau, je ne comprends toujours rien. Elle me confond, me dis-je. Non, c’est à moi en personne qu’elle adresse ses mots, je l’écoute. ‘Bonjour, tu ne dois pas me connaître mais je t’ai vu tout récemment avec untel et untel (je n’ai aucune mémoire des prénoms et des noms), tu circulais avec JM qui joue dans le groupe Truc’ ‘C’est possible’ je lui réponds. ‘Je ne m’en rappelle pas’ Ainsi a continué notre conversation décousue agrémentée de longues tirades et de profonds silences. Et ceci durant toute une nuit, la nuit suivante fût du même acabit, la sur-suivante pareille et ainsi de suite pendant une semaine. Elle me fit rencontrer une flopée d’artistes aux noms de scène. Nous fîmes l’amour un nombre incalculable de fois en un temps aussi court, entrecoupé de discussions sur la musique, l’art plastique, la sincérité des gens et j’en passe tant le terrain d’échange est fertile. Par la suite, nous décidons de pauser nos têtes et nos corps pour mieux rebondir. Quelques temps passent, difficile à définir exactement le compte, proportionnel à nos turpitudes sans doute, je reçois un coup de fil de Marie. ‘Allo, Marie, content de t’entendre’. Je m’interromps brusquement. ‘Ca ne va pas du tout’ me dit-elle d’une voie d’outre-tombe. J’en frissonne encore. La Marie virevoltante ahanant avec difficulté, incapable d’exprimer un sentiment, de décrire sa déchirure. ‘Je viens’ et je raccroche. J’enfourne ma veste de sortie, fonce dans le métro, avale sa rue, frappe à la porte de son appartement. Pas de réponse, je frappe à nouveau plus longuement, j’entends des bruits derrière l’épaisseur, je patiente. Elle ouvre. Ce n’est plus Marie, une tête désordonnée, le maquillage de travers, ses yeux bleus si limpides semblent vitreux, la bouche torve, les cheveux emmêlés, elle tremble, repart vers l’intérieur et laisse entrouvert le seuil. Je rentre, découvre un méli-mélo empilé de feuillets, de textes éventrés par la rage, le chauffage inexistant, un froid de canard règne. Marie au milieu de tout ce fatras, mon oiseau de nuit aux membres rognés m’observe inquisitrice. Le choc est total. ‘Qu’est-ce qui t’arrive, Marie’ je lui demande bêtement. Elle ne répond pas. Elle ouvre sa bouche et la referme aussitôt. J’attends que le nœud se dénoue. J’ai le sentiment qu’un mot ou une phrase casserait la fragile communion qui s’instaure entre nous. Idée ordinaire mais je suis désorienté. Le téléphone sonne, sonne encore, je ne bouge pas. Marie s’approche du combiné, le regarde, s’en rapproche, l’attrape, hésitante. Je n’esquisse aucun mouvement. Elle décroche, prend des notes sur un bout de papier à proximité, repose l’appareil sur son support et me regarde. J’attends, ne sachant que faire, un geste à droite ou à gauche, dois-je bouger, la prendre dans mes bras, m’asseoir, fumer une cigarette de contenance, regarder ailleurs, je ne sais pas. Je suis perdu. ‘Je ne suis plus moi, je n’ai plus aucune assise dans ma tête, je ne sens plus l’extérieur, des bouts de mon être s’éparpillent dans le vide’ Je reste coi. ‘C’est décidé, ma mère a trouvé un endroit de restructure’ ‘Où ?’ ‘Château du Bel Air’ ‘Tu es sûre, tu as bien réfléchi ?’ ‘Oui’ Nous en restons là le soir même, je saisis l’adresse, nous décidons de nous revoir le lendemain, je prends le parti de l’accompagner. Je vous épargne (vous pouvez souffler !) la description de l’endroit, la durée du trajet interminable en train de banlieue pour atteindre le château, Marie ne décroche pas une mot, regarde le paysage, recroquevillée sur elle-même. Je parcimone encore en ne racontant pas l’ambiance au sein de ce centre psychiatrique travesti en villégiature pour égocentrique outrepassé. Par contre, j’insiste sur le fait que Marie, pétillante, exubérante, amusante, bandante a été victime une nouvelle fois de la foufoune mentale qui lui a ôté sa clairvoyance. Cette même foufoune mentale sévissant sournoisement dans chacun de nous possède une emprise que l’on ne peut pas à tout moment maîtriser. Marie en est la victime. Son dynamisme emplissait en fait sa foufoune mentale et non pas elle propre comme chacun aurait pu le croire après ce récit. La foufoune mentale gravite en nous et peut surgir à tout moment. Elle désaccorde facilement l’individu quand elle pointe son énergie. Marie est une victime parmi tant d’autres, j’en conviens. La foufoune mentale n’est pas une entité scientifique que nous pourrions quantifier à coups de chiffres. Elle s’ingère au premier plan lorsque la fragilité de l’esprit qui l’habite est paroxysmique.


Narco-cisse
 

J’ai passé quelques temps en prison pour une seule fois et une dernière fois espérée. Peu de temps en vérité, beaucoup à mes yeux en regard des actes répréhensibles que j’avais pu commettre. Un agissement anodin, bête de surcroît, la prison est rarement un endroit dans lequel on séjourne pour un meurtre, un viol ou quoi que ce soit d’autre d’aussi grave. Le condamné aux lourdes peines n’est pas le locataire que l’on rencontre en grand nombre dans ce type de résidence. Les hôtes, malheureusement, ne discernent pas la moindre insignifiance de la grosse bêtise. Pendant mon court séjour en taule, j’ai eu le privilège de distinguer dans cet amalgame le truand du simple idiot parmi lesquels je figurais. Tous ces états d’âme ne retire pas le temps que j’y consacrais. Seule la brève durée de mon séjour m’a permis de voir clairement le fonctionnement, l’ordonnancement des ordres, la pluralité des hommes enfermés qui s’y trouvent et les aberrations d’un établissement tel que celui-ci. Il n’est pas possible d’y trouver des similitudes avec une autre demeure d’enfermement, une maison de retraite, un hôpital, un foyer d’accueil. La sortie de l’endroit est le but premier de tous les pensionnaires. La durée d’internement est limitée à un segment précis dont l’entier est un jour. Le séjour dans l’enceinte débute à l’écrou, un nom singulier, quand on y réfléchit. C’est la concentration de la bureaucratie qui vous permet de franchir les multiples grilles qui sectionnent les parties déterminées de l’espace du futur lieu de vos mois à venir. Une suite ininterrompue de bureaux par lesquels vous n’avez pas d’autres choix de passer, derrière lesquels des scribouillards remplissent des questionnaires vous définissant. Grandeur, âge, sanction, effets personnels, religion, empreintes, état psychologique, langue, pays, fouille. Une prison a, de par sa fonction, des murs très épais. La résonance des sons en est décuplée. Les échos des multiples paroles, les bureaux qui n’ont pas de séparation, les cris dans les couloirs, les débordements de certains cellulaires se mélangent en un maelström discordant de bruits qui fait penser, quand pour vous, l’expérience est unique, au fond sonore d’une maison de fous dans laquelle la plupart des personnes frappées de dinguisme auraient gardé une logique fonctionnelle et structurée. Je me suis posé à maintes reprises la question de savoir si ma présence est un rêve ou une blague racontée à moi-même, voire un sommeil comateux qui s’entretient tout seul à coups de perfusion de produits psychédéliques. La vie ne prépare pas (pas pour moi en tout cas) à être confronté avec une folie normalisée comme je la subissais à ce moment là. Des fonctionnaires en uniforme remplissaient, tels des automates, dans la plus parfaite indifférence des formulaires d’ajout à votre moi d’une création d’un numéro avec la plus froide exactitude. Ce numéro substitue, durant le séjour, votre nom et votre individualisme. Sans prendre part à l’élaboration de votre disparition, ma participation passive est la cheville ouvrière de l’éclatement de la personnalité propre qui me définit en général. Ce numéro appris par cœur est ta seconde nature aux premiers abords, un gant, une enveloppe. Ce numéro, 55690, le mien, prime sur l’ultime contact personnel qui te rattache au monde extérieur. Il est la reconnaissance dans cet univers. Au pied levé, le numéro t’assimile au monde qui le reconnaît, ton nom n’a plus droit de citation. J’étais ce numéro. Je ne l’avais pas choisi, mais bon… L’attache à celui-ci et la perspective qu’il ne dure pas une éternité en fait un cas important dans ton cerveau, tangible au même titre que toi-même dans l’ordre des événements que tu vis au temps présent. S’il te reste un doute quant à ton appartenance à cet ordre mathématique, le préposé du lieu qui a gardé son nom te retire tout espoir de t’imaginer comme une personne normale, il ignore volontairement ton état d’homme et appuie à tout instant le numéro sur ton crâne non disposé à cet effet. Il l’imprime à coup d’aboiement dans ton cerveau réfractaire jusqu’à que tu le sentes comme la partie profonde de toi dans le recoin rebelle de ton inconscient. Tu es le numéro, le numéro est ton habit, tes membres, le bout des tes doigts, ceux-ci généralement empreints de gigotements personnels, tes yeux reflètent ce nombre, tes oreilles n’entendent plus que lui. La promptitude à réagir à son appel te met en alerte, preuve de son assimilation. Si tu es un brillant dissimulateur, l’opération de l’écrou n’est que la prémisse de ta nouvelle situation nominative. Le passage des grilles, l’enfilade des couloirs à franchir, le portail d’accès au bâtiment qui est ta futur demeure, la grille au blindage grossier qui obstrue la cellule sont les répétitives occasions de crier ton numéro. Une frayeur s’empare de toi, le numéro n’est pas exact et tu te retrouves entre deux grilles, un noman’s land dans lequel tu n’es pas le numéro, dans lequel tu n’es pas non plus celui de l’extérieur. Un endroit effrayant sans lien avec le monde qui doit te servir d’accueil, un endroit impersonnel froid et rébarbatif qui ne te connaît pas en tant que toi, ni le nombre attribué. Une porte intemporelle. Sans énumérer les représailles correspondantes à ton état de non-être. Vous reconnaissez sûrement les agissements sombrement pervers de la foufoune mentale. Son expression est dans ce cas la plus nette. Elle n’agit pas à visage couvert comme à l’accoutumée. Elle puise sa force dans les agissements officiels d’une société qui l’avalise. La foufoune mentale, dans cette situation, ne frappe pas par derrière, elle se présente à toi sous une forme hiérarchisée d’un groupe sûr de son maintien dans la société car officiel. Elle est la société. L’institution se réclame d’elle. Elle est partie prenante du système. C’est la quintessence de son existence. La foufoune mentale se solidifie, l’image qu’elle représente prend une forme picturale tangible. La foufoune mentale gagne, pire que ça, elle est reconnue par une frange de personnages qui la subliment en tant que ligne directrice de leur mode de fonctionnement. Elle est le fondement d’un nombre non négligeable d’êtres puisant en elle la raison de leur existence. Cette puissance est imbattable. La foufoune mentale.


Livre ouvert
 

Le regard sur soi est toujours faussé si le fait de réfléchir sur soi avec son propre cerveau est pris en compte dans l’affaire qui nous intéresse. Enfin, l’affaire qui m’intéresse, la votre est peut-être ailleurs. Vous n’êtes pas forcés comme je vous pousse dument à vous concentrer dessus de suivre ce chemin tortueux, pas forcément prolifique pour une entité aussi clairement structurée que vous dégagez en ce moment à l’écoute de ces propos rabâchés à tout bout de champ par vous en phase d’introspection personnelle. Je persiste malgré vous à clarifier justement cet état qui, même si la morne solitude vous englobant, cette position vous est fade, gênante, peu novatrice, ou tout simplement prise de burnes. Ne sachant pas dans ma tête ou je veux aboutir, comment vous qui ne me connaissez pas pourriez vous  tirer des conclusions avant l’heure. Si vous détenez cette aptitude psychologique, bien serait que vous nous en fassiez part afin que nous, les autres, puissions profiter de ce savoir acquis pour améliorer notre clarification des phases d’évolutions brouillées. Je n’ai pas ouie dire qu’un simple cas tamisé par les soins d’une personne avertie ne serve pas à l’ensemble des ignorants du cas précédemment cité. Egoïsme mis à part, il aide à tous de mettre à plat certains états dans lesquels certaines personnes retrouvent un bout d’eux-mêmes au travers d’une réflexion constructive du cerveau en constante gestation. Ceci dit, si passer son chemin est dans l’ordre plutôt commun des gens se rebellant contre une réflexion dérangeante, je m’adresse aux autres, ceux désireux de mieux comprendre son prochain, de l’aimer pourquoi pas, en plus de ne pas l’ignorer. C’est un des plus durs labeurs que celui de poser des questions sur le devenir en mutation, principe absolu de tous ayant un avenir plus long que la seconde écoulée au moment de s’interroger sur la phrase qui vient de naître à l’instant même de sa lecture. Je peux maintenant commencer par le reflet de soi dans soi avec pour matière de penser soi par soi-même. Un soir, invité à passer une fin de semaine chez mes parents, repas avalé, discussion familiale qui n’a guère d’intérêt pour vous, mes géniteurs montent à l’étage pour dormir et je reste, seul, au rez-de-chaussée dans un silence vide, celui que l’on écoute à la campagne. Je n’étais pas venu les mains vides, j’avais avec moi une caméra vidéo. Loin de moi, bruissait une idée particulière de l’utilisation de cet instrument lorsque la décision de séjourner dans ma famille était venue. Je l’avais, aucune activité intéressante n’était à première vue concoctée pour cette soirée. Aussi, vautré dans un des canapés, j’opérais face à moi une réflexion comme celle décrite plus en avant. Je jette un regard autour de moi, vois les objets qui m’entourent, les tableaux accrochés par ma mère, les cadenas amoncelés par mon père qui trônent sur un pan de la cheminée, la pile de livres d’art en bon ordre sur la table basse en face de moi, quelques sculptures flegmatiques dont certaines que j’ai offertes sur le bahut qui supporte la télévision. Je perçois que toutes ces objets, dans une certaine mesure, font partie de mon patrimoine génétique à défaut de m’appartenir à part entière. Mes parents aiment ces choses, mes parents m’ont façonné, la première ébauche du moins, et je suis là entouré des restes de leurs sentiments, les leurs dormaient au premier étage. Je cherche une activité, la télé facile, la lecture plus encore, j’ai lu et relu tous les livres qui traînent à la maison. La caméra vidéo. Je vais me filmer. La caméra branchée à la télé pour que je puisse me voir, je me déshabille, enclenche le bouton d’enregistrement et l’objectif parcourt mon corps dans les recoins les plus intimes, ceux que je n’ai pas l’occasion de voir en général. Ma découverte ressemble à celle d’un gamin face à une situation extraordinaire. J’écarquille les yeux. Mon dos est long sans poil, mes fesses molles sont comme deux ballons en chamallow, le haut de mon crane, une tempête de buissons s’engouffrant dans un trou noir, le derrière de l’oreille, un duvet translucide en crochets de serres blanches proches des dents d’une plante carnivore. Ainsi de suite, je me découvre à nu, le troufignon en forme de coussins que la nature aurait enserrés dans une série de cordages à épines, les rides arrières du genou, une carte satellite des mouvements successifs de mon corps de son existence, la nuque tributaire des rotations de la tête. Je m’assois en complète nudité sur le canapé et observe le corps qui est mien mais qui est visionné dans la télé comme celui de quelqu’un d’autre. L’odeur en est la cause, l’absence d’odeur est la cause de mon manque d’appartenance à ce corps qui défile sur l’écran. Il est une représentation, son volume est plastique, sa chair n’est pas celle que je peux toucher sur mon ventre, sur mes cuisses, sur mon sexe. Le toucher est absent de l’écran. Déjà l’odeur, le toucher, ce corps que je croyais connaître par cœur sans certaines sensations se détache de mon moi. Le seul recoupement avec ma personne est la raison qui m’oblige à me raconter que le corps visionné est mon corps. L’animal, la raison en moins me dicte que ce bout de chair à l’écran est une portion d’un autre animal présentant quelques ressemblances avec les chairs qui m’enveloppent. Constat est. La recherche de soi-même exhale une recherche de se connaître comme un autre soi. Le déclenchement désiré d’une dissection à découvertes multiples est présomptueux dès lors qu’il intervient dans le principe d’envie du voile déchiré d’un mystère ayant trait à la connaissance de soi. Vouloir se découvrir est-il déjà un principe truqué de l’analyse qui doit en résulter ? C’est fausser le principe même d’observation d’un processus puisque la réponse à la recherche, ou le résultat repose déjà en vous. L’analyse est nulle et non avenue. C’est une recherche inutile, la foufoune mentale est le catalyseur de cette recherche, elle vous mène par le bout du nez, sachant très bien que le résultat est vous et vous-même et que toute introspection analytique de soi amène forcément à déformer le fait d’être ce que l’on est. La foufoune mentale a encore gagné, l’hydre qu’elle représente peut, à fausse idée, vous faire croire que la réflexion portée à vous-même est une réflexion prolifique pour le vous-même que vous désirez entrevoir en vous. La foufoune mentale crée le mental qui vous dérange le moins.


La féerie des chiens
 

J’ai partagé à une époque pas très lointaine mon appartement avec un copain qui était à la rue dans une situation délicate. Ne sachant pas où loger, je le recueillis chez moi. Nous avions énormément de points communs dans l’humeur ravageuse comme dans celle joyeuse. Les points communs des personnes qui flambent leurs énergies un jour, brûlent ces mêmes énergies le lendemain, puisent dans la mauvaise énergie le surlendemain et reposent comme des morts à la fin de la semaine faute d’énergie justement dispensée à coup d’overdose. Ce copain en incertitude de logement avait dépensé la force qu’il lui restait que, le genou dans la fosse, le deuxième juste au-dessus, il fut expulsé de l’appartement dans lequel il était invité. Jusqu’alors, ses guêtres circulaient dans les espaces qu’on voulait lui attribuer au rythme des pauses qu’on lui octroyait à l’exact unisson des rêves qu’il pouvait offrir aux gens qu’ils l’hébergeaient. Cette fois, c’en était trop pour ses logeurs, la bête épuisée n’avait pas la possibilité de sublimer ses hôtes donc il n’était plus primordial dans leurs vies quotidiennes. Il est à la rue. Je l’aide donc, à sa demande. L’épuisement grignote le peu de truculence qui lui reste. Je l’accueille avec joie, étant à cette même époque dans une situation similaire avec un atout en plus par rapport à lui. Le logement que je n’ai jamais perdu de vue était pour moi une garantie pour préserver la force de persuasion de mes insultes envers les petites gens moralistes persuadées du bon droit. Nous embarquons un samedi ses affaires, rien de bien volumineux. Le principe du voyageur est de ne pas s’embarrasser de poids inutile, frein à la mobilité. J’habitais un petit logement sous les toits, rue des Mauvais Garçons à Paris. Les quelques bagages prirent du temps à être installés dans mon logis, le dernier étage de mon immeuble étant le sixième sans l’accès à un ascenseur. Enfin tout ça s’organise et nous emménageons dans la même pièce, lui et moi de grande corpulence, posés côte à côte prenions tout le volume de l’endroit. Le plafond en sous-pente n’offrait pas un réel espace de déplacement au sol. Il me remercie mais nous écourtons ce protocole. La prolongation embarrassante des bienséances est pénible pour celui qui reçoit comme pour celui qui donne, aussi nous passons directement à l’essentiel, l’achat d’une nourriture saine et d’une bonne bouteille, gages d’un ressourcement énergétique efficace et rapide. La première journée se déroule ainsi autour d’une partie d’échecs endiablée. Nous sommes deux bons joueurs. Le lendemain, occupé à quelques tâches, je ne me préoccupe pas de Patrick, c’est son prénom, qui a toujours su lui-même subvenir à ses centres d’intérêt. Le soir, Patrick m’appelle et me propose de le rejoindre pour assister à un concert de Nougaro. Je sens dans sa voix l’énergie d’une pile atomique assortie d’un grisement du à l’ingurgitation de quelques verres avant la fête. Je refuse, je n’avais pas rechargé ma pile suffisamment. Tard dans la nuit, il rentre au bercail, excité, dans un rythme propre à celui qui a passé une bonne soirée. Nous plaisantons quelques temps, puis le sommeil me guette et je déclare forfait. Levés aux aurores de l’après-midi, il m’explique qu’une soirée est prévue aujourd’hui dans une maison particulière et que la fille y sera en grand nombre. J’accepte d’y aller, le repos de la veille m’a permis de m’ausculter favorablement pour la présentation de ma personne à un public féminin. La fête doit débuter peu avant minuit. Patrick s’absente et je commence une peinture à coup de whisky.  Ma boisson favorite d’échauffement des articulations. Une fièvre créatrice s’empare de moi, je jette des coups de pinceaux sur la toile sans interruption, excepté pour ingurgiter une rasade d’alcool. Les couleurs prennent forme, un château se dessine, une rivière de saxophones avoisine la bâtisse, un galion dérive dans son courant et s’éloigne vers la ligne d’horizon, une montagne en premier plan, le point de vision occupe le centre des mes préoccupations. Les couleurs évoluent, les formes sont maintenant clairement disposées. J’observe l’ensemble, réfléchit au sens. La clarté de l’unité picturale représentée effleure la bêtise de ma recherche. Comment ne pas distinguer ! Le château est l’endroit de ma naissance dans lequel je vécus les onze premières années de ma vie. La colline attenante est le château d’eau du village et aussi le support des vestiges d’un fort moyenâgeux. La rivière et le galion m’échappent un peu, je subodore que le whisky est le catalyseur. J’affine les détails, entrevois la suite du travail à accomplir, termine la bouteille et réalise dans le même instant qu’il est l’heure de rejoindre mon ami, mon parrain, passe-droit pour moi de l’entrée dans cette fête. Je rejoins dans un état second Patrick au lieu de rendez-vous convenu et nous nous amorçons vers le lieu de réjouissances. Je m’enfonce dans un silence perplexe pour mon copain. Il m’interroge. Je lui explique que je ne suis pas encore sorti de la peinture réalisée cet après-midi, que le sens du dessin apparu à mes yeux sans m’en rendre réellement compte travaille mon cerveau. Patrick conserve le silence pendant le trajet, respectueux du cheminement cérébral que gambergent mes neurones. Nous rentrons dans la maison, une faune disparate de personnes échange des propos n’atteignant pas mes oreilles. Je m’ébroue, rien n’y fait, je décide de me soûler définitivement pour extraire l’obsession qui me taraude. J’ingurgite tout ce qui est à la portée de ma bouche, sans différencier les contenus. Je sors de la torpeur quand mon taux d’imprégnation alcoolique atteint un niveau pas vraiment supportable pour une conversation enjouée avec des invités. Je décide à défaut d’être ridicule lorsque des paroles sortiront de ma bouche, moitié idiotes moitié abyssales de rentrer chez moi. J’en avise Patrick qui continue son chemin chevaleresque auprès des convives et je m’esquive dans un état mi-comateuxx mi-peintre pas abouti. Je m’empresse d’atteindre mon logis tant mon impatience de voir une nouvelle fois la peinture m’hypnotise. Je franchis la porte, la ferme et me précipite vers la toile. Énervé comme une puce, l’apparence du château, de la colline, de la rivière, du bateau produisent sur moi un monceau d’images qui charrie des sensations passées, des souvenirs enfouis, des joies refluées. Je nettoie les pinceaux et attaque une nouvelle couche de couleurs sensées me révéler un flot ininterrompu d’impressions traits de mon enfance. Je commence, frénétique et enthousiaste, la touche finale me dévoilant mon moi primal. Je rajoute une touche jaune aux fenêtres du château, le pinceau n’est pas assez rapide à mon goût, j’utilise mes doigts. Je perçois des fantômes. Cela m’encourage. De plus en plus vite, j’abonde de couleurs toutes les parties du tableau, j’opère une pause, d’autres vibrations s’enchaînent dans mon cerveau, je persiste, la couleur ne suffit plus, accroché à ma jouvence jusqu’à l’épuisement de mon corps et de ma tête. Je m’écroule sur le lit tel quel, nippes et personne recouvertes de peinture. Le jour se lève, Patrick n’est toujours pas rentré, je mouille mes yeux et décoche un regard tout embué de sens vers la toile. Un cyclone était passé dessus et c’est moi. Un mélange indescriptible de couleurs constituait le dessin. Un assortiment aux teintes crasses en plusieurs couches encore humides à l’odeur poignante était le résultat de mes exacerbations psychologiques.  La foufoune mentale avait encore gagné. Pris d’une hystérie personnelle, j’ai cru surmonter les limites de mon esprit et de ma gestuelle pour sublimer des perceptions qui me tenaient à cœur. La foufoune mentale a mis en exergue la modeste coopération des facteurs extérieurs dans la recherche de soi. Elle gagne et je suis en colère de mettre fait avoir par la foufoune mentale. La prochaine fois, j’utiliserais un moyen plus proche de ma personne pour atteindre la clarté originelle de mon parcours d’individu. La réflexion directe sur, par et avec moi-même. Alors ce jour là, la foufoune mentale n’aura plus d’emprise sur mon esprit. En souhaitant ce moment imminent, la foufoune mentale a encore gagné.

As tu ressenti la joie profonde qui accompagne la mutation travailleur

As tu ressenti la joie profonde qui accompagne la mutation travailleur –> non travailleur ?   

Quant à moi, je rame dans ma tête et dans les jambes. J’ai bien essayé de sortir un truc pour le 18 mais ce ne sont que des bribes qui aboutiront sûrement un jour mais pas le 18 octobre. Je suis dans l’expectative de rentrer à l’Hospital une nouvelle fois pour en finir et l’envie de commencer à créer ce qui me démange. Je ne connais pas la date d’admission, aussi je fricote avec les ordinateurs sans grande conviction en décomptant le compte à rebours qui s’égrène jour après jour. C’est insupportable et en même temps comme un taulard je m’installe dans une solitude oisive. Je ne sors pas de chez moi ou très peu, dans la périphérie de la maison. J’arpente la cuisine, la salle de séjour, la chambre, la salle de bain et la salle d’ordinateurs. Mon espace se limite à cinq volumes dans lesquels j’évolue avec mes béquilles au bruit si caractéristique : clic…clic.
Voilà la situation. Je ne me sens pas « être mobile ». Des frayeurs accompagnent mon manque d’assurance. Si ça brûle, je ne peux pas courir, si on nous « visite », je ne peux pas me défendre (quoique, avec mon équipement !), si Katrin ne revient pas, je ne peux pas acheter à manger, etc… La boucle me grignote. Elle n’est pas constante mais elle s’insère par ci par là sournoisement quand je révèle une faiblesse mentale ou une fatigue. Les doigts picotent et un léger tremblement secoue mon corps. Alors je regarde une merde à la télé et je me maudis de rajouter une couche à mon désarroi. J’ai vraiment envie de vous voir et l’handicap dure. J’aurai tellement aimé m’endormir et me réveiller tout neuf. Prêt à l’emploi ! Eh bien non ! Ce n’est pas encore au point ce que j’appelle la vraie technologie de l’oubli du mal. Elle n’est pas au point. les délais se raccourcissent, c’est évident que les technos ont fait des progrès mais… pas assez vite à mon goût ! Donc, je comble ! Aujourd’hui justement, je dois appeler le service pour savoir quand… Je tourne autour d’une place libre. Oui, non… Oui, non… J’ai raccroché le téléphone avec un gain ou une perte de dix jours. A la semaine prochaine. Bien Madame Bonne journée. Meeeeerde ! Je regarde autour de moi, je béquille en rond, tiens… j’ai envie de me saouler. Quelques bières dans le cerveau, un brin de nuages dans mon coton. Katrin qui passe par là me conseille de ne pas trop boire. J’ai une réponse appropriée : « je recommence à parler aux potes, c’est pas évident, j’ai besoin de délier la langue ». Elle n’insiste pas, elle n’est pas dupe. 
Tiens… je vais me laver, oui je vais faire ça, c’est deux heures de gagner. Je grimpe l’escalier menant au premier étage, là où est la salle de bain. Un quart d’heure pour me déshabiller. Je sautille et prends un tabouret, le mets dans la douche pour m’asseoir. Je ferme les deux rideaux en prenant soin qu’ils ne pendouillent pas à l’extérieur sinon ce serait la catastrophe. Les béquilles sur de l’humide équivalent à marcher sur un pan de glace. Ah oui, dans l’ordre des actes, je dois d’abord rapprocher la serviette sinon à la sortie de douche je suis drôlement embêté ! Et aussi impérativement, je pense à poser mes orthèses à proximité bien que maintenant je suis expert en saut de kangourou à un pied. Je m’assois, donc, sur le tabouret, je fais couler l’eau et me lave. Le rideau colle à mon dos constamment, c’est énervant. j’utilise le jet pour le rabattre à sa place. Puis la fin, propre, rideaux ouverts, par petites poussées, le tabouret arrive au bord du bac afin que je puisse m’extirper sans me casser la gueule. Un bond et mon derrière est posé sur les toilettes, je m’essuis, sautille encore et ensuite et je me regarde dans la glace au dessus du lavabo. Arrive alors la mise en tenue dans une position d’équilibriste : la jambe avec pied debout, celle sans posée sur la poignée de la béquille droite. Une position assez stable. Je me brosse les dents, me rase, …. J’aboutis enfin à l’habillage et… au repos car je suis vanné !   

Ca ne dure jamais très longtemps. Les ordinateurs m’attirent, je ne sais pas trop pourquoi. Je pianote comme maintenant. Des émails arrivent quotidiennement, je les consulte. J’ai même commencé un dessin animé avec des figurines. Je les fais bouger mais sans rythme. J’en ai pas moi, alors elles… Comment peuvent elles en avoir ! J’ai fini le montage du film réponse à la vidéo que Lluis avait déposé à l’hôpital mais je ne suis pas content, enfin pas tout à fait, il manque un petit truc qui manque, c’est certain. Là je ne désespère pas car il est en bonne voie. Il fume comme un feu qui meure. En fait, je sais ce qui ne va pas. Mon âme n’est pas dedans. Elle change si souvent. Les frissons disparaissent et je suis autrement. Quelle galère ces changements de tribulations ! Ou plutôt quel inconvénient ! Au lever, la matin, la démarche tremblante ou affirmée, je devine déjà sous quelle forme la journée se déroulera. Sans aucune passion, je la vois défiler ou prendre à bras le corps son temps en main. Dit ainsi, je contemple mais il ne faut pas croire, je combats cet état de béatitude (j’exagère un peu) en allumant les machines, j’écoute de la musique, je parcoure le journal, je lis un roman, je discute à bâtons rompus avec Katrin d’art, de sociologie, de psychologie, de politique, de vous les huicenmillunistes, des mots entendus, du désespoir planétaire, de cuisine et d’avenir. Sans ordre pré-établi bien sûr. La nourriture intellectuelle vogue au gré des événements. Je ferai peut-être lire cette lettre à Katrin et nous développerons mes états d’âme dessus ou bien comme j’ai pu voir à la télévision, une actrice parler d’elle avec sincérité et truculence puis passer dans une autre émission et relater à la virgule près le même discours avec la même conviction sur le visage ! Voilà en gros ma journée type. 

Quelques phases sont très importantes comme la lecture du courrier et des mails, les étapes nourriture, les essais créatifs son et image, le déplacement précis entre des points utiles. Comme tout de suite, l’envie de boire une bière, j’ai la bouche sèche de répéter autistement murmurés tous les mots que je tape sur le clavier. Si je ponctue la phrase, je dis virgule, point, exclamation, change le mot il n’est pas bon, supprime. Je fixe aussi les touches du clavier comme si l’expression cachée dedans peut sortir grâce à la force de mes pupilles. Boire un bière ou deux est hautement stratégique. Atteindre le frigo au rez-de-chaussée, caler deux ou trois bières dans les poches de mon jean, ne surtout pas oublier l’ouvre-bouteille sans quoi un début de rage monte directement aux cheveux à la pensée du chemin parcours du combattant à recommencer. Arriver à l’étage, un peu engoncé dans son pantalon, penser à vider ses poches avant de s’asseoir. C’est le geste auquel on ne pense pas forcément ! J’en sais quelque chose ! Vider ses poches avant de s’asseoir ! J’ai fais l’expérience, chargé comme un baudet, puis assis sur le lit. Heureusement c’est un lit sinon je me serai défoncer le postérieur ! J’ai eu juste une vague impression d’écraser un bric-à-brac d’affaires fragiles ! maintenant, le raisonnement pour optimiser le trajet entre les points utiles est presque induit dans mon mode de fonctionnement. Je n’ai plus aucun dérapage. Je me lève et la route est déjà toute tracée. Evite ce coin là ou encore attrape la béquille avec ton autre main pour descendre sans encombre l’escalier. Le frigo fuit un peu (il faut le décongeler !), j’évite la flaque d’eau péril bien connu des « trois pieds » (les béquilleurs). Et ainsi de suite. A proscrire absolument si la vie vaut le coup pour toi : la prise de deux bières en même temps, voire de deux objets en général. Tous tes gestes sont activés séquentiellement (tu vois ce que je veux dire…). Le béquilleur n’est pas un guignol ou une divinité indienne à bras multiples, son souci principal est de conserver l’équilibre et non de discourir sur un pied en agitant ses ferrailles dans l’air pour convaincre son entourage. Quand tu approches le goulot à ta bouche, la bière n’a pas le goût de celle avalée rapidement au coin d’un zing de bar. L’équipée courageuse qui t’a permis de t’allumer est suspendue dans un coin de ta mémoire. Si tu désires réitérer ta soif, il ne faut jamais perdre de vue l’énergie accomplie pour l’assouvir. Je cause ! Je cause ! Je me prépare tout doucement à l’acte. Car je suis encore face à l’écran et je n’ai pas une once de mousse de bière à la commissure de mes lèvres. J’ai vraiment soif et ce n’est pas d’eau qu’il s’agit ! j’y vais vaille que vaille ! Patiente un peu ! Ah oui ! Une frayeur qui n’est pas de mon cru resurgit. La famille, Katrin m’ont dit de prendre mon téléphone dans mes déplacements au cas ou j’aurais un problème genre cassé dans l’escalier ! Donc j’embarque mon téléphone portable dans une poche ! Ca ne m’arrange pas du tout car c’est la place d’une bière ou du décapsuleur ! Grrrrr… je le fais quand même ! Ils m’ont fait flipper ces cons ! Bon… Patientes. A la tienne ! C’est bon. Je soupire d’aise. J’ai réussi à transporter quatre bières ! J’aurai pu en mettre deux de plus si je n’avais pas eu ce putain de téléphone ! La condensation sur la bouteille ne doit pas faire bon ménage avec l’électronique de mon téléphone. Je n’ai pas pris le risque. J’ai terminé la première, enfin presque. Les trois autres gisent à mes pieds. Euh… J’ai du mal à me défaire de ces expressions toutes faîtes. « Gît à mes pieds » ne rime à rien. D’une part ces bouteilles ne sont pas mortes et d’autre part, ayant qu’un pied maintenant, cela frise le ridicule de parler ainsi. Oui, parler ainsi. Je te remémore que j’annone tout ce que je frappe. Merci le liquide, la langue râpe moins. Est ce un avantage ? Pas trop finalement, ma vitesse dactylographiée n’est pas plus rapide. Toi qui utilise les mêmes appareils, as tu inventé un système pour boire et manger sans arrêter le travail, sans rompre le fil continu de la pensée ? Ce n’est pas toujours le cas mais, aujourd’hui par exemple, un bras automatisé, à commande vocale et à volonté à alcool serait le bienvenu. Un système pour gars qui se croit intelligent de pondre deux cents lignes à un pote couvertes d’inepties banales sur le « quant à soi ça n’intéresse que lui ». Je ne sais absolument pas ou se trouve la fin de ce texte logorrérique ! Peut-être à la fin du paquet de bières ! Je ne sais pas si cette impression m’est propre, en fait je sais que non mais je veux croire que je suis le seul imbécile de la planète. Cette impression qui me grippe lors de mes essais créatifs sonores. Je déniche un son intéressant que je couple avec un autre tout aussi bizarre, en découle une mélodie courte, soit, mais une. Je l’écoute en boucle un million de fois pour m’en imprégner. J’y rajoute des effets en live, je l’écoute toujours, Katrin hurle dans la maison car cela peut durer quelques heures. Et là blocage ! Je trouve ça génial, je suis bien le seul, Katrin maudit les hauts-parleurs, l’informatique en général, moi en particulier. Oui, blocage pur et simple. Après ce bout de création pure, je suis incapable de raccorder cette excroissance musicale à un autre que j’ai créée. Je me retrouve dans une impasse, celle-là, celle du non-musicien qui manipule le son au dépens des autres (chez nous, Katrin est les autres). Un Frankenstein sonore ! Je sais en mon moi intérieur que je crée pour énerver mon prochain. L’image comme le son que je produis a toujours, derrière les fagots, la volonté de terroriser mon prochain. Moins il comprend ou plus il comprend que je me fous de sa gueule a toujours eu effet chez moi d’un aspect d’une jouissance extraordinaire. Je transmets : « je t’emmerde et j’espère que tu le sens bien au fond de ton troufignon ! » C’est une manière pour moi de sucer et, ET, de recracher,  tout ce que j’estime chez les autres être malsain, glauque, pas chevaleresque, petit comme chez moi d’ailleurs. Mon coté débile de tendre à la perfection (on se demande bien laquelle !) et de ne pas admettre le dysfonctionnement à ce propos dans mes proches. Oui, mes proches ! Les tintoins qui habitent la terre : je m’en fiche complètement sauf pour le cas d’une vision globale de la souffrance que certains subissent. Sinon je m’en bats les couilles (je peux dire, j’en ai deux !). 

La deuxième bière doit agir pour sortir autant de carabistouilles à la minute. J’ai toujours la trouille de finir. Je finis par quoi ! A demain, à la prochaine ou on se tient au courant ! Pourquoi pas : dis à Lluis et à François de se connecter à internet. Que sais je encore… T’es pas obligé de répondre ! Ou : Je t’offre une bière à l’occasion si on se voit. Un brin de Atchao, à plus. Pour faire brancher : @+.  En tout cas je trimballe le Bye suivi de Pascal depuis la première ligne. Il est deux lignes en dessous, ne bouge pas d’un iota. Il fait sûrement partie du texte vu sa prépondérance immuable de devancer chaque mot que je dis. C’est comme un socle à la fondation, ça peut être une porte de sortie. Pour l’instant, il n’en prend pas le chemin. Je le vois dès que je dégage de la place pour rajouter une ligne. Je coulisse la poignée de l’ascenseur, et hop, lui aussitôt apparaît. Plutôt perturbant, c’est une annonce de fin, il excite mon vouloir de boucler le sens, il me défit aussi. Cette colonne taggée du bye pascal qui, mine de rien, surplombe tout ce qui le précède. Regardé de loin, le texte n’est pas plus qu’un aplat grisé, le bye pascal est à coté comme une tache ou une exception, un puit sans fond immuable qui sait qu’il distille la fable au goutte à goutte du salut je te revois prochainement. Il m’énerve, je l’ai caché en dehors de la fenêtre. Sa puissance décroît, j’entend le goutte à goutte inexorable : ploup ploup ploup ploup… Par contre, ainsi je le contrôle. Pour lui faire la nique, j’ai une histoire de poète à raconter. A une époque formidable…euh…je fignole un conte de fée…là. Je recommence. Dix ans en arrière, à l’occasion, une belle femme m’avait entraîné dans des réunions un peu spéciales pour un punk rebelle comme moi. Des réunions de poètes. ça me convenait tout de même, les poètes picolent pas mal, moi aussi et la poésie ne parle pas que des fleurs et des petits oiseaux comme j’avais tendance à m’en faire l’image (je suis con !). Quatrième bière, Argh… Donc réunion une fois par mois dans un bar pour causer, certains sortaient leurs recueils et déclamaient leurs joutes verbales. Enfin… c’était pas mal, de toute façon moi je suivais la belle femme qui me faisait fondre et on peut dire que les poètes autour de la table pouvaient me concurrencer auprès de la belle; L’ambiance sympathique et éthylique et (faut avouer) intellectuelle était propice à toute création verbale. Tu sens le trip ? Un pingouin (un mec, quoi !) dont le nom m’échappe, tous les noms m’échappent. Ce serait à moi de décider, je retirerai les noms aux gens, cela leur ferait un bout d’histoire en moins, cela les rendrait un peu plus humble sans parler du bordel extrêmement vivifiant qu’il en résulterait pour s’adresser à quelqu’un de précis. La phrase « pascal tu fumes ? » serait « pascal, le grand aux cheveux gris, toi qui porte des lunettes bleues, la coupe de cheveux à ras et le parler fort, tu fumes ?. Super, non ? Un gars sort un petit fascicule de ses poches bourrées de journaux, papiers volants, reste de casse-croûte, un pardessus élimé à souhait en grosse laine, un manteau de la grande guerre, les cheveux gras mi-longs pelliculés, une caricature de poète maudit en somme. Le gars : « je vais vous lire une lettre d’un ami qui nous a quitté récemment ». Une sorte de testament, j’avais l’idée. Le gars nous lit la lettre. Un blabla existentiel un peu comme celui que je suis entrain de pondre, beaucoup moins long et plutôt bien écrit. Genre « mon existence est une somme de contraintes et de joies qui fait que je suis ce que je suis et non ce que je voudrais être ». Un truc dans ce style mais, je le répète, bien écrit. Le gars lit et lit puis arrive à la fin de la lettre, un peu comme le « bye pascal » en moins concis. La fin : « bon, maintenant je te quitte et je vais me pendre ». Cela finit ainsi. Quelques bières plus loin, tout de suite, je pense : il rigole. Surtout que le corps du texte, de la lettre est plutôt joyeux et rythmé swing et non pas grave, posé, explosé, déchirant, hurlant,… Non l’impression première ne jette pas un froid. Le cercle de poètes réagit comme moi. « Il est bon ce texte », « qui a écrit ? » « bravo, ta lecture est superbe », « c’est de quelle date ? », « pas mal… ». Et un autre enquille sa création comme si rien ne s’était passé. Moi, un vieux doute dans la tronche, j’observe ma belle qui bizarrement était resté silencieuse. Ce n’est pas de la pudeur, ou un sentiment analogue, je dirai plus un replis sur soi. Je susurre à l’oreille de ma belle pour ne pas déranger le poète déclamant : « il s’est pendu ? ». Elle me fait un signe d’assentiment de la tête (tu sais ! de haut en bas !). Le con ! Il s’est pendu ! Putain ! Ca, c’est une sortie ! 

Le problème à mon sens dans cette histoire, c’est que ça profite à quinze gars réunis anonymement en cercle sectaire. Je n’aurai jamais pu m’immiscer dans le groupe si je n’avais pas été parrainé par la belle que (entre parenthèse) poète ou pas tout le monde aurait bien voulu se faire. Un cercle de poètes à couilles, que des mecs, pas une once de fille hormis la belle muse de copine. Pas un texte de fille, que les extériorisations de gars. Des trucs sexuels, des approches de rencontres, des sensations de rejet, d’espoir, de blablas de mecs, que de mecs. Si je voulais être désagréable ou simpliste, je dirai qu’à cette époque, dix ou quinze ans en arrière, le neurone n’appartenait qu’aux gars. C’est bien pour boire de la bière mais pour la création, j’ai un gros doute ! T’en as pas marre ? Tu dois halluciner ! Ah ! J’ai reçu un message ! Gueu ! Qu’est-ce que c’est ! Il délire ! Je suis obligé d’imprimer, ça ne rentre pas dans l’écran ! Ca va ? Tu tiens le choc ? 

Moi, j’entame ma quatrième bière, la dernière ! J’ai envie de pisser ! Faut que je fasse mon trajet sur trois points utiles ! Facile ! Toujours pisser avant d’attaquer les grandes manœuvres est ma devise du moment. C’est con mais ça fait du bien ! En picolant, je joue avec les ascenseurs et je me dis : »si Edgardo savait… ». Je me marre et j’hésite, les deux à la fois. Je mens. Je n’hésite pas, il est déjà parti pour moi. C’est surtout la petite souris pour faire mignon ou big brother pour faire actuel qui me titille et je donnerai cher pour voir ta tête à la réception du message. Pour qui il se prend ? Oui, je sais que c’est complètement égocentrique, cette vision. Mais merde ! Je revendique l’état. Cela ne représente pas dix minutes de délire, c’est beaucoup plus que ça. Alors, ce petit plaisir de la petite souris qui voit tout… C’est comme aller pisser tout de suite, mon bien est dans la culotte et dans le cerveau ! Très localisés ! 

Tout va bien docteur, il n’a rien ailleurs. Merci Geneviève, ramenez le en salle, il est réveillé maintenant. 

D’accord Docteur. Quand le verrez vous ? 

Tant qu’il n’aura pas vidé sa vessie dans le bassin, je n’ai pas besoin de le voir. Bien docteur. 

Nous l’envoyons directement au bassin. C’est cela, Geneviève, Faîtes… 

Est-ce qu’il a le droit de boire, docteur ? Seulement s’il peut lui-même tenir son verre. 

Bien docteur. Nous ferons en sorte. Bien Geneviève. 

Je vais en salle des bassins. Patiente.   »Ci gît-gotte quatre autres bières à mes pieds », trajet hasardeux !. Monsieur, Monsieur, pouvez vous vous retenir ? 

Mireille, aide moi pour bouger monsieur, la salle des bassins est trop petite, sa vessie déborde. Monsieur réveillez vous s’il vous plait. 

C’est incroyable, Monsieur réveillez vous, Mireille aide moi, vite, sinon nous courons à la catastrophe !  Mmmm… Ah ! 

Vous êtes réveillé, monsieur ! Pouvez retenir un instant votre vessie ? 

Mmmm… A boire ! Oui, monsieur, après. 

Mireille, va chercher les containers pneumatiques sinon on ne s’en sort pas. Lesquels, les grands ? 

Ben…oui ! Tu as vu la taille de monsieur ! Mmmm… à boire…boire. 

Oui, monsieur, patientez… Voilà, j’ai ramené les plus grands. 

Super, Mireille. Mets le bout en caoutchouc autour de son prépuce. 

De son prépuce ? Mais oui ! Autour de son gland, ne sois pas bête, Mireille ! On est sauvé. 

Mmmm…Mmmmm… à boire ! A boire ! Merde ! Tout de suite monsieur ! Dans un instant ! On vous emmène en salle de réhydratation. 

Mmmmouis ! Que voulez vous boire monsieur ? Bière, coca, orangina, de l’eau, thé, café… 

Mmmm…bière ! Bien monsieur ! 

Mmmmm… La voici. 

Glou glou glou. Aaaaaah ! Encore ! Doucement monsieur…vous n’êtes pas tout à fait remis. 

Glou glou glou…Si j’suis remis. Tout va bien. Où sommes nous ? Dans la salle de réhydratation. 

Ah ! Mireille, tu m’aides, on emmène monsieur dans la salle du docteur.  

Docteur, le patient est dans votre salle. Déjà ? 

Oui, docteur, il est grand, il récupère vite. Je vois ça, dites lui que je viens dans cinq minutes. 

Oui docteur. Comment allez vous ? Bien remis ? 

Oui ça va. Excusez moi. Madame puis je avoir une autre bière ? Docteur, je peux… 

Mais bien sûr Geneviève, il m’a l’air en forme ! Merci madame. 

Glou glou. Comment placez vous le corps dans cette espace ?  

Pardon ! Glou glou. Mon corps ? Ben… Je vous vois, je vois les infirmières, vous êtes à trois mètres de moi, vous semblez grand parce que je suis allongé. Ah ! Est-ce que je vous inspire confiance ? 

Confiance…au premier abord, oui. Ca dépend de plein de facteurs. Vous seriez, là, devant moi avec une scie à métaux. Je ne serai peut-être pas aussi catégorique mais là… comme vous êtes… Vous ne me faites pas peur en tout cas ! Oui, je comprends. Savez vous pourquoi vous êtes ici ?  

Ben…Excès de confiance !? Voilà ! Mes collègues et moi-même, nous vous avons retiré totalement la confiance… 

Toute ma confiance ? Oui ! Celle que vous aviez auparavant était trop…comment dire… 

Trop confiante ! Merci Geneviève.  

Oui c’est cela. Votre confiance était…trop confiante.  Ah ! Bon ! Mais si je n’en ai plus, docteur, comment vais je faire à l’extérieur ? 

Pas de problème, monsieur. Grâce aux bio-vitalisants, nous allons la reconstruire ensemble. Ah ! Mais si je n’en ai plus… 

Je me suis mal exprimé tout à l’heure. Nous n’avons pas retiré, mes collègues et moi-même, votre confiance. Nous l’avons seulement vidé de sa force pour mieux la remplir par la suite. Ah ! Grâce aux bio-vitalisants ! 

Oui, vous avez très bien compris le procédé. Cela va prendre du temps ? 

Difficile à dire… Geneviève ? En général, les patients retrouvent leur confiance neuve et pleine en combien de temps ? Je ne peux pas vraiment dire, docteur. Un monsieur comme monsieur peut très bien la saisir en quinze jours, voire un mois. Monsieur a l’air d’avoir envie d’être confiant rapidement ! 

Merci Geneviève. Je vous en prie Docteur. 

Vous voyez ! Geneviève nous dit que ça peut être rapide ou moins suivant la pathologie du patient. Ah ! Grâce aux bio-vitalisants… 

Oui, ce sont des produits de synthèse très performants mais, tout de même ! , nous sommes aussi là pour vous aider ! Ah ah ah ! A quoi servirions nous sinon ! Oui je comprends… les bio-vitalisants et vous…pour me soigner. 

Exactement cela. Geneviève vous expliquera ensuite le processus. Geneviève, vous expliquerez à Monsieur de quoi il retourne. Oui, Docteur. 

Bien Monsieur, je dois vous quitter. Ne vous inquiétez pas ! Nous sommes là. Je dirai même…Toujours là. Ah ah ah ! Mais vous comprenez que vous n’êtes pas le seul patient ici. Oui docteur. 

Bien ! Je vous vois un peu plus tard ! Merci, docteur. 

Merci Docteur. De rien Geneviève. 

Monsieur, je vous explique le processus. Il est bon comme docteur ? 

Le Docteur ? Oui… Il est excellent, c’est le meilleur de la place, monsieur. Ah bon ! 

Oui oui je vous assure. Moi qui ai vingt ans d’expérience, je puis vous dire que je ne voudrais en aucun cas travailler pour un autre Docteur. Ah ! Dites moi Geneviève… Je peux vous appeler ainsi ? 

Pas de problème, monsieur. Oui, Geneviève, auriez vous l’extrême obligeance de m’apporter une bière à nouveau ? 

Le Docteur n’a pas émis d’interdiction donc oui. Merci infiniment. Glou glou glou. Bon, expliquez moi ce que je vais subir ! 

Subir ? C’est une blague Geneviève ! De l’humour ! Il en faut ! 

Ah ! Je n’ai pas l’habitude de rencontrer des patients dynamiques comme vous ! Alors que dois je subir ? 

Ah ah ah ! Là nous sommes le soir. Donc vous dormirez et c’est tout. Le matin, réveil, toilette, petit-déjeuner… A quelle heure ? 

Sept heures. Ah ! C’est tôt ! 

Oui, monsieur. C’est pour tout faire dans la journée. Donc… Réveil, toilette, petit-déjeuner, refaire le lit. Ensuite le Docteur Energie Psychiatrique vous prend en charge. Le docteur énergie psychia…? 

Oui, ce docteur, très bon lui aussi, vous accueille dans sa salle Energie Psychiatrique pour formater votre confiance. Qu’est-ce que cela veut dire, je ne comprends rien ! 

Votre confiance a perdu ses bords. Etant neuve et peu assurée, votre confiance ne connaît pas ses limites. Ce docteur, en énergie psychiatrique, travaille sur votre confiance et crée pour elle une limite à ne pas dépasser. C’est son travail. Ah ! Comment sait-il que le bord de ma confiance est situé ici ou là ? 

Ca, Monsieur, je ne sais pas répondre. C’est un Docteur. Ah ! Ca dure combien de temps ? 

En général, la matinée, jusqu’au repas du midi. Bon ! Ensuite ? 

Après le repas, le Docteur en Energie Egocentrique vous invite dans sa salle. Vous invite ? 

Oui, c’est le terme que le docteur utilise et que les infirmières doivent utiliser.  Pour quelle raison ? 

Eh…bien… Le Docteur en énergie égocentrique nous a expliqué…je ne sais pas si je dois le dire… Allez Geneviève ! Expliquez moi ! Après tout ! C’est ma confiance qui est en jeu ! 

Le docteur a expliqué que la confiance en son moi demande l’acception d’être et d’en user par soi même et qu’il est impossible d’imposer à un patient un traitement sur son égo sans qu’il le sache. Il nous a dit que remplir l’égo d’un malade suppose de lui proposer l’acte médical comme une invite et non une servitude. L’égo étant dans votre cas atrophié. Il est bon de l’inviter à se développer. Ah ! 

Je n’ai pas tout compris mais c’est normal, il est docteur ! et moi non ! Ah ! Et ça, ça dure combien de temps ? 

L’après midi jusqu’au repas du soir. Ensuite, après le repas, LE DOCTEUR vous visite pour un bilan journalier. Ah ! Merci Geneviève.  

Bien dormi ? Oui, ça va, merci. A quelle heure arrive le docteur en énergie psychiatrique ? 

Vers neuf heures. Merci. 

Mais avant, il faut prendre les bio-vitalisants. Tout ça !   

Oui, c’est normal. Vous êtes vide de confiance. Le traitement va vous aider. Ah ! Mais quinze comprimés ! 

Je sais, c’est beaucoup ! Mais des micro-doses à diffusion temporisée, cela vous permet de tenir toute la journée avec seulement quinze comprimés. Ah ! 

Sinon ce serait un perfusion branchée à votre bras ! Ce n’est pas agréable, n’est-ce pas ? Oui, je comprends mieux ! Avez vous une nouvelle bière ? Quinze comprimés, faut les faire passer ! 

Bonjour, monsieur… 

Bonjour. Je suis Le Docteur en Energie Psychiatrique. Geneviève a du vous expliquer. 

Je sais que je dois vous voir mais à part ça… Vous verrez ce n’est pas la mer à boire ! Ah ah ah ! Voulez vous me suivre ? 

Pas de problème. C’est normal une pièce blanche et vide ? Oui. c’est pour vous stimuler. Rien ne doit perturber les bords de votre confiance. A cette seule condition, je peux estimer les frontières à ne pas dépasser. Nous ne sommes pas des surhommes aussi la confiance a ses limites et je dois déterminer les vôtres. 

Ah ! Que dois je faire ? Rien de spécial. Installez vous dans la pièce et vaquez à des occupations fictives afin que je puisse examiner la force de rejet de l’au-delà limite de votre confiance. 

Ah ! Mais moi j’ai envie de rien dans cet endroit. Laissez vous transporter par le vide comme votre confiance l’est. Peu importe les envies ou le sens de l’action. Voyez si le mur est un obstacle à vos mouvements. Ma science est abstraite comme le volume dans lequel nous nous trouvons. Voyez si l’ennui développe ou non l’absence des murs et le voyage de votre moi. Vous êtes la séance et je suis votre catalyseur confiance. 

J’ai rien compris ! Je dois resté trois heures ainsi ? Chut…Etre ou ne pas Etre… ….. Très bon, très très bon, j’ai vu exactement la forme ectoplasmique de votre confiance et je sais maintenant sur quoi agir. Visiblement votre confiance peut être énorme et volatile. Extra, nous allons faire du bon boulot; La marge des bords n’est pas définie et c’est cela qui est super. Quand je parlais de volatile, je parlais de vos bords qui sont gazeux. 

Ah ! Oui, le principe du gaz est de remplir extensiblement l’espace dans lequel il se trouve. Votre confiance a cette faculté gazeuse de remplir votre moi-espace ! C’est super, non ! 

Ah ! Mais concrètement, ça m’avance en quoi ? Vous n’avez rien compris ! Votre confiance est infinie proportionnellement à l’espace que vous accordez à votre moi. Si votre moi explose, votre confiance fait de même. 

Ah ! Je peux repartir ? J’ai mon repas de midi. Oui Oui. 

Merci, à demain. 

Ahhhhhh, c’est quoi ce midi ? Gelée de côte d’agneau à la tomate et des pommes dauphine. 

Ah ! Compote de fruits de saison avec zestes de noix de coco. 

Ah ! 

Bonjour, Monsieur. Bonjour, je suis le doc en énergie égocentrique. That’s good ? 

Pardon ? Je parle anglais. Je m’entraîne car je pars en vacances en Irlande à la fin du mois. You understand ? 

Euh…Oui. That’s good ! Come with me, venez avec moi. 

Nous marchons depuis un demi-heure dans les couloirs, ou va-t-on ? That’s good, bonne question ! J’ai décidé pour ma pratique d’éloigner le patient le plus possible de ses repères pour pousser son égo à réagir à l’événement. You are a good guy ! Vous réagissez très bien ! Let’s go ! Nous sommes arrivés. the right door, la porte droite après les toilettes. Good ! 

Mais c’est minuscule, c’est un placard ! Good energy ! Nous avons tendance à surdimmensionner notre égo. Egocentric, yes ! Aussi je commence toujours ma thérapie par un espace… place, little place, yes, petit afin que l’égo se concentre sur un moi à échelle humaine. Human space you go abstract ! Yes ! 

Ah ! Ainsi un mètre carré à deux permet de faire connaissance et d’estimer la juste limite de l’espace attribué. Know little human space, know why we are ! C’est le début puis nous agrandirons l’espace et la permissivité dans ce volume. You understand ? 

Ah ! On fait quoi ? Nothing, rien du tout. Le but du test est de savoir si on peut se supporter quatre heures durant dans un mètre carré sans manger l’égo de l’autre, test the place with brain, yes ! 

Ah ! On parle, on bouge, on se regarde… on fait quoi ? Don’t move, juste wait. Oui. on peut causer, ou dormir ou les deux, peu importe, le tout, all, c’est de tenir sans que votre égo explose. yes, cool boy. 

Ah ! ……You speak English ? Yes, I go in Ireland country because my wife is a stranger in this country and i want to know her better. 

Ah ! Why ? Because my egocentric is too much for her, so i must exchange cultur with her to undestand what she want. 

Ah ! You do this job, how many years ? Euh… Fifteen years now, yes. 

Ah !…… Votre égo est très puissant. Vous n’avez pas réagi malgré mon semblant d’anglais interminable. Je suis effaré par votre comportement. Pour votre gouverne, je ne vais ni en Ireland ni me marier pour avoir une femme irlandaise. Je suis seulement subtil, du moins je tends vers… Vous auriez pu vous énerver, faire acte d’impatience ou prendre plus de place dans l’espace. Et bien non ! Le contrôle dont vous maîtrisez le rythme est parfaitement étonnant. Si votre égo est surdimensionné, la gestion que vous en faite prouve l’excellence de votre cortex. Je n’ai pas de souci pour votre confiance. 

Ah ! Vous êtes en très bonne voie de guérison. 

Ah ! Merci Doc ! Ah ah ah ! A demain, see you again.  

Comment je retourne à ma chambre ? Ah ah ah ah ! Suivez les flèches jaunes. 

  

Je ne gère plus mon temps ni ma correspondance !

Je ne gère plus mon temps ni ma correspondance ! Je suis comme une succube qui suce les envois sans en avoir les réponses. Je suis dans la merde ambiante du receveur qui perçoit les choses sans avoir les moyens de les perturber. Je pousse la souris, elle me gène. Elle fait partie prenante du genre. J’ai reçu moult messages les uns plus que les autres. Un graber et une osmose et ce à longueur de réception, je ne gère plus la différence et surtout pas la truculence. Quel est le bon message, oui quel est le bon message, ah bon, quel est le bon message !!!! La transmission sporadique d’un état en exergue, la transmission sporadique d’un plun qui nous acerbe, la transmission sporadique d’un shoot qu’on a pas eu ! Je ne réponds pas aux transmissions sporadiques quelles quelles soient. Je n’ai plus d’énergie pour blinder les tuyaux à tout cours. J’ai un antispam, un truc qui détruit les messages sporadiques, j’en use à bon escient et voire à bon escient. Le truc antispam me violente et me dit que untel a voulu me parler et aussi il me dit si je veux lui répondre. Un truc à trois balles mais super efficace. Cela dépend franchement de l’humeur que je veux bien lui accorder. Donc il filtre et il filtre. Il n’est forcement truculent mais il a l’avantage de réagir à mes dépens. Je suis fort ou faible, Monsieur antispam gère mes correspondances. Pratique. Je l’ai installé quand, à force de recevoir des centaines d’interférences, je commençais à dégueuler mes points de visions. Un tout et un tout de messages comme une bicyclette dont je n’aurais que faire fais dégueuler à tout coup. Je n’en peux plus. Je me suis rallié au système, j’ai overdesé ma forme, je me suis vendu au rang. J’ai installé un antispam. Je suis vert car je ne voulais pas. Je suis vert car je n’ai jamais voulu. Je suis vert car je suis vert. Je suis vert et vert de rage et de dégoût et de d’envie et de…. vert. J’ai installé, malgré moi un antispam. Je pensais subvenir aux moyens de communications avec mes proches sans avoir à blesser les trois millions de messages qui ne me sont pas destinés. J’ai craqué et encore j’ai réfléchi et j’ai craqué comme un sale communicateur à trois balles qui sévit sur le réseau. Je ne me sens pas en phase avec ce que je devrais être ! « Advance your bussines with a degree online » ou « enlarge your penis with collagene » or « make money with your opinion ». J’ai du mal même si je tends vers la tolérance. J’ai et je l’avoue installé un antispam pour ne plus recevoir ce genre de niaiseries. Je suis passé de l’autre côté. J’ai succombé à la facilité du message filtré. Je ne sais pas quoi dire ou quoi faire ! J’ai honte de devoir m’immiscer dans la trame de ce que je ne veux surtout pas devenir. Je sais pertinemment que réagir à ce type de message, ne serait-ce que par l’exclusion, est dorénavant un mauvais choix pour ma tolérance. Je suis mort d’être vivant. Pause. Je vais boire du meursault. Come back at all. Il était une fois un homme sous perfusion qui avait raté son envol. Il prit son parachute comme une layette et les fillins comme un raccord et il se posa sur un canapé. Le rève paradoxal qui en échut fut le fond du tiroir en céramique sur lequel il fracassa sa machoire. Aye dit il de douleur et de désapointement. L’arrière de son cerveau fit ni une ni  deux et déclara advita et mortem que la douleur est supportable mais pas la suite ! Deductis et enfleur, l’homme survécut à sa chute et s’en souvient encore à quatre vingt dix ans ! Comme quoi il se peut qu’on en réchappe ! Je suis vert toujours vert ! Je n’ai pas bu le meursault car je sens qu’il va me griser alors que ma trame me suit comme un yaourt pas frais. Je prends le pli, je n’ai plus le choix ! Je dois subvenir à mes angoisses ! Meursault ou finition , alcoool ou rembourrage, honte ou inoculation, espérance ou mort. Argh argh argh argh. Je prends le pli de la honte ! Après tout on en meurt pas. Le vin est bon ! Tant mieux et tant pis. A la votre les gras et filles. J’ai acquis au moins une certitude. Le vin est bon ou mauvais. La chose qui ne fait aucunement mal à l’un ou à l’autre. Je peux en boire des litres et, à partir du moment ou le vin circule comme le sang, l’apparence des uns et des autres qui submergent ma pensée peut que me donner des phases d’égayement. Je suis bourré. Merci à vous. Il était un fois un Grand Escogriffe qui voyait dans le mar de vin de meursault. Un jeune garçon bien sous tout rapport l’aborda. Dis moi Grand Escogriffe, comment puis je être moins ridicule auprès de mes amis et comment puis je être moins ridicule auprès de mes parents ? Le Grand Escogriffre lui répondit avec sa logique vinale : Tu veux être moins ridicule ou tu veux être top branché ? Le petit garçon : moins ridicule, je pense, je ne sais pas trop, je ne veux plus qu’on rigole à mes dépens, je veux que mon père me considère, je veux que ma mère arrete de me prendre pour une enfant, je veux que l’on me….. Le Grand Escogriffe lui répond magnanime : Tu veux en fin de compte que tu existes ? Oui C’est ça exactement ce que je veux ! Le GE repond : Es tu en phase avec ce que tu veux être ? Le bilout (B) : Que voulez vous dire ? GE : As tu envie d’être un EH ? B : Un EH ?????? GE : un être humain ? B : ah cela le truc je vois le truc de l’EH, je ne suis pas et en même temps je suis. Trop fort ! GE : Attends tu m’as posé une question et j’essaye d’aborder tes sensations. B : yes yes quand tu veux tu me la joues hyper truculent ! Tu serais un chouille pedomaniac ? GE : euhhhhhhhh…. je ne veux que t’aider ! Après tout schroumpt ! tu m’emmerdes. Je bois tranquille. B : yes yes yes tes ta tu veux conaitre ma mère ? tes ta ? GE : Je t’emmerde, espèce de connard sur pied, ta mère, je l’emmerde aussi, connard ! B : tu parles de ma mère…… GE : Oui je parle de toi connard ! je te propose d’être moins con et t’es con comme ton gène ! B : euhhhhh ! ton gène c’est une insulte ? GE ; mais non c’est une aberration ! B: ah GE : pas ah mais aberration ! ab ! B: trop cool ! je dis à mickey t’es ab et y que chie ! GE : ab comme toi ! si tu veux que ça fasse de l’ffet ! Ab ! B: trop fort ! Ab sticot  ! Ab morfle ! Ab maria ! GE : c’est une manière de dire ! t’es pas obligé ! tu peux dire bonjour ou bonsoir ou bon apres midi ! B: Ab pas, Génial ! Ab J ou Ab S ou AbFtm ! GE : AbFtm ?????? B: ben oui ! t’es gôl ! l’aberration de ta mère qui fuck off ! AbFtm ! trop fort ! t’es top pour les syntaxes ! GE : c’est pas ça que je violais dire….. B: Eh Reloud, viensje t’as un gadjio top morfl ! GE : je ne suis pas là pour ça…… Reloud : qui me veut la schtoumphette ? B: Reloud, tu connais AB s ? R : ben yav, tendeur sur merco ! GE: mais non…. B: reloud, chave, abs c’est l’a baisé tas soeur ! GE : j’ai jamais dit ça !!!!!! R : ym cherche ? B : YTA trouvé ! R: YTA ? B: YTAMP ! R: YTA quoi ? GE : quoi ? B: Y.T.AS. MAL. PARLE. R: Tu parles de ma femme ? Connard ! Espèce de bleu en minijupe ! tu veux que je te frise ? GE : mais non ! de quoi tu me parles ? C’est quoi ce bordel ? J’en ai plein le cul ! Je parle à l’autre con, ton pote et je suis comme un gland alors que je l’estime ! Fachts de con, je t’emmerde avec tes poses à trois balles ! C’est pas toi que j’emmerde mais ton pote ! le billout ! B: T’as vu comment il nous joint l’embrouille ! face d’être je te tue ! R:  Tu parles à mon pote comme ça ! T’es mort ! t’es qu’une viscère ! T’es quoi d’abord ? GE : je suis ta mère et ta grand-mère ! overdose sur pied ! R : comment y cause ! B: c’est son truc à lui, c’est mon pote ! R: faut quif fasse gaffe ! GE : c’est quoi ton nem ? R : y veut mon trouf ou quoi….. B : Non, ye reglo R : Dupuis GE : Mabrouk R: comme le iench ? GE : comme je te mords ! conard ! R: iench…… B:….. iles cool…. GE: Grrrrrrrrrr!