L8217;autre est déjà mort et je l8217;ai rencontré.
Après une overdose de nourriture et une autre de café, je me promène dans mon village. Gratouille la glace du pare-brise, décompresse l’air froid qui nettoie la vitre, prend en charge mon exubérance. Le moteur ronfle et je mire la route dans un point dégelé de ma vue. Très bas et non loin du bord du pare-brise. Là ou ça réchauffe, là ou la glace se liquéfie.
J’enquille la première route du centre, tourne à gauche, absorbe la suivante, cherche une place pour garer la voiture. Le char roulant glacé.
J’y arrive. Enfourne la clé de la fermeture, transvase mes clopes, refait mon apparence, ravive mes joues et j’arpente le trottoir à des fins de rencontres.
Un bar ouvert ! Mince, un ! Le rideau est à semi-fermé mais après tout il est à semi-ouvert ! Je me penche sans perdre mon bonnet et je pénètre.
Je ne sais pas que quelqu’un est mort ! A l’accoutumée, j’essaye de fréquenter les vivants donc je me rapproche du bar des vivants. Cela rigole, plaisante, louvoie, charme, fait un pas de deux, range ses complexes, masse son cuir, arrange sa tenue. C’est ma direction, absolument celle-ci ! Je m’incruste. Pour sentir. Un double express, perfavor. Tout de suite. Mon café arrive. Plein de senteur. Je noie le sucre, touille, sirote et observe.
Je sais, je sais….j’ai tendance à exprimer par onomatopée verbale mais bon. Le stress du suivi en dépend.
Je m’apprête à vous parler d’un mort et je n’ai pas la coutume d’en faire une histoire donc je mouille mon phrasé.
Un gars à la face voyoute boit sa bière sur ma gauche. Il n’est pas seul. Un pote à lui à ma deuxième gauche participe à son humeur. Son pote ou son ami parle droit comme un injuste qui cherche les coups, lui, le plus proche me demande du feu. Zippo, cling, cigarette allumée. Il ne me voit pas. Il est blindé d’alcool. Il, Eric, le mort, me dit merci. Bizarre pour un mort mais crédible en la circonstance.
Le mort me parle ! J’ai une tendance à les attirer. A une époque, quand je draguais une fille, immanquablement, sexy ou non, une infirmière m’abordait. J’eu aussi ma période artiste dans la gente féminine, la période imposable aussi et maintenant à mon grand désespoir j’ai ma période mort-vivant asexué. Je sens que j’évolue ! Qu’est-ce qu’il y aura ensuite ?
Quand je finaliserais le tout chasseur de vampire et lorsque j’aurais épuisé mes balles en argent, je vais tendre…dans…
Le mort, un faciès plat, un regard bleu au sol, des mains d’ouvrier, des calles de boxeur, le corps à demi chemin entre la terre et le plafond m’aborde :
« Tu sais, le patron fait du marathon mais c’est une brêle. »
« Ah »
Ca commence très fort !
« Pourquoi tu dis cela ? »
« T’as vu toutes les médailles sur la hôte ? »
Je sens l’imbroglio à 200 pour 100. Kek qui me veut !!!!!
« Euh…ouais. Et alors ? »
« Moi, j’ai fait des courses, je sais comment ça se passe, tu payes les droits de couriiiiiiiir…. »
Il tombe à moitié dans son demi !
Je ravive.
« c’est quoi ton prénom ? Moi c’est Pascal ! Enchanté ! Et toi ? »
« MMMMMMmmmmmm, Ericccccc. »
« Enchanté »
« C’est un branleur parce que il ne court pas. »
« Ces médailles sont fausses ? »
« Moi qui courttttttttt… » une gorgée, une taffe, un oeil à l’horizon « J’ai gagné des marathons »
Je le rattrape au bord du bar avant qu’il ne s’écroule.
Je finaude.
« C’est pas important ce qu’il a fait, ce qui est important c’est qu’on le croit. »
Il me regarde avec son oeil torve, limpide, bleu transparent.
« Moi j’étais pompier »
« ah »
« Quand j’étais pompier…. »
Je me tais, je sens la sentence.
« J’ai décarcassé ma femme et ma fille qui s’étaient encastrées dans un camion »
« ….. »
« Tu sais, par l’arrière. » Il me mime du geste, la main plate, la voiture qui se froisse dans la taule d’une remorque de bahut.
« ….. »
« Je suis un ancien boxeur »
« ah »
« J’ai fait de la boxe pour m’anesthésier »
« En amateur ou professionnel ? » Pffffff
« En amateur, tu vois je n’ai plus rien. »
Il appuie sur ses joues. C’est vide. La dentition a disparu. Eric le mort tâte son nez, de la guimauve, frotte ses arcades, du plastic.
« Pourquoi tu as arrêté ? »
« La fédération m’a retiré ma licence… »
Le malin que je suis « t’as frappé un mec en dehors du ring ? C’est ça ? »
« Ouais, j’ai pris cinq ans. »
« Cinq ans…d’arrêt de sport ? » Je n’y crois pas trop mais je demande quand même.
Il croise les poignets. « Cinq de zonzon. Je l’ai détruit à la sortie de l’Aquarium et je l’ai même emmené aux urgences. »
Je minimise ! « T’as frappé un mec en dehors du ring ! C’est interdit ! Tu l’as détruit ! Il t’a reconnu ? »
« Lui non, il est toujours dans le coma, mais les autres, oui » (L’aquarium est un bar.)
« J’ai pris cinq ans »
« Ah » Il faut que je me barre avant qu’il ne bascule dans l’incohérence.
« Patron, une bière, s’il te plait »
« Désolé, je ne peux plus te servir, je dois fermer. »
Ouf. « Bon, ben…je me casse. Salut (au mort), salut tout le monde. »
Ni une ni deux, je repasse le rideau et je disparais.
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